CABARET VERT 2024 : JOURNÉE BOUE APOCALYPSE
Cabaret Vert 2024 : Korn, Shaka Ponk, Mass Hysteria, Nova Twins et une journée de boue apocalyptique dans les Ardennes
(le jour où la terre a décidé de nous manger)
Il y a des concerts qui changent la couleur de tes chaussures jusqu’en février.
Cabaret Vert 2024.
Korn / Shaka Ponk / Mass Hysteria / Nova Twins. C’était le programme du jour.
Je savais que ça allait être physique mais pas façon Koh-Lanta édition Verdun.
CHRONOLOGIE D’UNE JOURNÉE QUI N’A VOULU LE BIEN DE PERSONNE
À 15h :
On marchait. On pataugeait. On glissait.
Le sol nous regardait avec un sourire carnivore.
À 18h10 :
Ma casquette a décidé de tenter sa chance à Razorback.
Elle a sauté dans la boue.
Je l’ai repêchée.
L’odeur n’est jamais partie.
Elle hante encore ma voiture.
À 18h20 :
On se perchait sur tout ce qui avait vaguement la gueule d’un truc sec.
Un rocher ? Une racine ? Une canette vide ?
On prenait.
S’asseoir ? Impossible.
À 19h30 :
Ma montre connectée a pété un câble.
Elle a décidé que je faisais du spinning, puis du ski de fond, puis (je cite) une activité inconnue.
À 00h :
J’ai constaté de la boue dans mes oreilles.
Pas autour.
Dedans.
LE SOL
Un organe vivant.
Une entité hostile.
Un ventre mou qui voulait nous avaler un par un.
En trois secondes immobile t’étais solidaire géologiquement avec les Ardennes.
COMPOSITION OFFICIELLE DE LA BOUE
Personne ne sait vraiment ce qu’il y avait dans cette mixture.
Mais d’après la texture, l’odeur et la résistance :
– 35% d’eau de pluie médiévale
– 30% de terre locale riche en désespoir agricole
– 15% de bière renversée (pils, essentiellement)
– 10% de larmes de festivalier
– 5% de je veux pas savoir. Jamais.
– 5% de matière inconnue qu’on ne retrouve que sur les sites post-apocalyptiques
On a tous senti, à un moment donné, que ce sol était vivant.
S’il y avait eu un laboratoire sur place, il aurait demandé à ce que la créature soit classée zone Seveso.
Mes Docs ont fait leur service militaire ce soir-là.
Elles ont vu des choses.
Ma voiture au retour ? Pourrie.
Le site du Cabaret Vert ? Retourné.
Je te jure : dans 200 ans, des archéologues vont creuser Cabaret Vert et tomber sur :
– des Docs soudées par la glaise
– un bob grenouille
– un chouchou fluo
– un tee-shirt Corpus Delicti de 1993
– une clé USB contenant Wet Leg en concert
– trois pintes pétrifiées
– un reste de stand Razorback
J’ai vérifié sur Google Earth quelques semaines après.
Le satellite ne savait même pas quoi afficher.
Une zone brune, boursouflée, traumatisée.
Comme si le sol lui-même avait demandé un arrêt maladie.
SPÉCIMENS OBSERVÉS DANS LA FOSSE
– une prothèse de jambe slamer. Si. Vraiment. Avec les encouragements du propriétaire, hilare.
– des guerriers nus couverts de glaise
– le clown le plus creepy de l’histoire des clowns de festival
– des gens qui ont lâché l’affaire. Le cul dans la glaise. « J’abandonne. Je m’en fous. Je m’assoie. »
Même Jonathan Davis nous a regardés comme si on sortait d’un documentaire animalier.
On ressemblait à des cormorans mazoutés.
À des survivants.
À des reliques préhistoriques.
On bougeait tout le temps :
pas pour danser,
pas pour profiter,
juste pour NE PAS MOURIR ASPIRÉES par la boue carnivore.
C’était sublime.
C’était immonde.
C’était la fosse.
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