NOT SCIENTISTS : STRATÉGIE, BASSE ET PANTALON QUI COLLE À BÉTHUNE
(Ou comment choisir son camp entre la basse, la vue et la honte)
Béthune.
Le Poche.
La cave.
La vie.
Je suis partie voir Not Scientists à Béthune.
De une, je ne les avais jamais vus et ma curiosité avait été allumée comme un ampli à lampes à l’écoute d’un morceau du dernier album.
De deux, ils étaient programmés à Béthune. Donc je vais à Béthune.
Pour me mettre en jambes, j’ai fait 160 bornes (aller) avec le nouvel album Voices (excellent) à fond dans la bagnole. Même les camions se sont écartés. J’y ai vu un signe.
Le Poche, je l’aime.
Ce petit théâtre en sous-sol, plafond voûté, qui sent la bière, l’amitié et les gens venus découvrir des trucs. Une fosse curieuse et chaleureuse.
Bon. L’eau du robinet des chiottes n’est toujours pas potable, mais c’est le prix à payer pour la vérité. Ici, rien n’est fake. Même l’inconfort est honnête.
Not Scientists a d’ailleurs précisé que c’était la deuxième fois qu’ils jouaient au Poche. La précédente soirée s’étant soldée par un karaoké sur du Blink-182 (dixit eux-mêmes).
Va savoir ce qu’ils ont foutu cette fois. Ça m’a plongée dans un abîme de perplexité… mais ça situe l’ambiance d’une salle où les groupes reviennent et le public avec.
LE POCHE : LE GRAND DILEMME DU PLACEMENT
Sauf qu’au Poche, il y a un vrai sujet : le placement.
La marche ? Le grand ? Ou le pedalboard ?
Parfois, trouver le bon placement en fosse nécessite de faire des origamis cérébraux. Et j’avoue qu’hier, j’ai tourné dans cette salle comme un hamster dans une roue.
Je me souvenais trop bien de Tramhaus, la dernière fois. Trop près des retours, pas entendu le chanteur. Choix foireux. Ma faute.
Cette fois, je joue plus fin. Une place stratégique, au milieu, sur une marche, là où le son respire.
Mais évidemment…
Même sur une marche, LE grand (oui, lui, ce fléau universel) se met devant moi. Toujours. Karma de fosse.
Ici, pas le choix : soit tu vois, soit tu entends. Rarement les deux. Normal.
Le Poche, c’est une cave vivante, pas un machin climatisé avec gradins numérotés.
Tu fais avec le lieu, pas contre lui. Et c’est précisément pour ça que j’aime les petites salles.
Donc je bouge.
Je décide de descendre.
Je choisis le côté de la basse.
Un Ampeg taille frigo américain m’appelle.
Chez Not Scientists, la basse mène clairement la danse. On est sur un monstre massif.
Si je dois perdre quelque chose ce soir, ce ne sera pas ça. Et tant pis si je n’entends qu’elle.
Et puis merde, revirement de stratégie.
Quitte à être devant, je me cale face au chanteur. Au moins, j’entendrai sa voix en plus du moteur à combustion à quatre cordes sur ma droite.
Résultat : je me retrouve nez à nez avec lui pendant tout le set.
Et je prends un risque majeur.
Avec la scène au ras du sol, si la fosse pousse, tu finis la tête dans le pedalboard, avec une honte éternelle tatouée sur le front sous forme d’un Boss TU-3 vert fluo.
J’ai pas stalké le pédalier en détail mais il doit bien avoir un accordeur, cet homme. Et j’ai vu ma vie défiler.
Car mourir avec un logo d’accordeur sur la tronche, c’est cruel.
Bref.
Je suis donc restée gainée.
J’ai traversé ces affres acoustiques avec panache et dignité.
Et c’était parfait.
NOT SCIENTISTS VALIDÉ
Not Scientists, c’est validé. Sans hésitation.
C’est excellent. Généreux. Intelligent.
Un post-punk punk-rock nerveux, sans bavardage inutile.
C’est tendu.
C’est structuré.
Ça joue.
Et surtout, ces mecs prennent plaisir à jouer, et ça se voit.
Ils ne te traînent pas pendant quarante-cinq minutes d’intros de fin du monde avec une tête de dépression latente.
Anciens morceaux, nouveaux titres.
Perso, j’ai eu mes deux bangers : un vieux Like Gods We Feast et un nouveau Caught in a Web qui m’a décapsulé l’âme.
Pour le reste, je suis nulle en titres. Je mets la setlist. Démerdez-vous à déchiffrer ce bout de PQ.
Salle pleine. Donc chaud.
Transpiration de moustache.
Pantalon qui colle à la fin.
Mais quel bonheur.
Je les reverrai, c’est sûr.
Dates 2026 annoncées. Flyer en photo.
IPKISS ET QUATRE NUANCES DE BARBE
La première partie se présente comme « Sunny punk rock from a sunny place ».
Quatre barbus du Nord. Déjà, le concept me plaît.
- Barbe lunettes à la guitare.
- Barbe casquette à la basse.
- Barbe joie de vivre à la batterie.
- Barbe hérissée vénère au chant.
Punk rock frontal. Énergie locale.
Le public connaît, soutient, sourit.
C’est pas délicat, ça ne prétend pas l’être. Mais c’est frais, direct, sans calcul et nature/peinture.
Moment symptomatique :
« Y a encore des gens avec des lecteurs cassettes ? » demande le groupe.
Quatre mains se lèvent.
Clairement pas un manifeste dans une salle bondée.
« Bon, on est des gros cons. On a fait des cassettes, mais sinon on a des t-shirts. »
DIY maximum. Esprit punk et débrouille. J’adore.
Et je conclus avec les mots du bassiste :
« Merci à l’orga. C’est cool, des salles comme ça. Qui font des concerts comme ça. Continuez à aller voir des concerts. »
Rien à ajouter.
Le Poche, lâchez rien.
Et ce matin au réveil, j’ai dit :
Trop vieille pour ces conneries, mais toujours là. Même avec le pantalon qui colle.
CHECKS RITUELS
- la basse commande, donc choisis ton camp
- le pedalboard est une menace existentielle
- le placement est un sport de combat
- aucune salle vivante sans inconfort
- aucun regret
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