JACQUY BITCH / NEVA : L’HOMME QUI A OUVERT LA FOSSE

Il y a des artistes qui t’accompagnent.

Et il y a ceux qui t’ouvrent les portes, les vraies, celles que tu n’avais même pas repérées dans le décor.

Pour moi, cette porte s’appelle Jacquy Bitch.

Créateur du cultissime Neva, centaine de concerts, dizaines de pays, et un culte bâti dans les caves, les clubs, les festivals et dans le noir intérieur qu’il a sculpté en langue.

Parce que oui : Jacquy n’a pas écrit des textes.

Il a fait mieux.

Il a créé un langage.

Un vrai.

Intraduisible.

Et chaque syllabe est restituée à l’identique depuis plus de 40 ans.

Un rituel.

NEVA, LE SÉISME

Jacquy Bitch, c’est 45 ans d’underground.

Point barre.

La cold-wave française lui doit une colonne vertébrale : brut, synthétique, radical.

Une esthétique copiée mille fois par des gens qui n’ont jamais compris la source.

Neva, c’était avant tout.

À Saint-Quentin.

Dans la brume.

Dans l’électricité.

Et ceux qui ont déjà bougé leur fiac sur Louchald ou Vision le savent très bien.

Quand Neva s’arrête, Jacquy continue.

Il ajoute Bitch.

Pourquoi ?

Parce que ça lui plaît.

Et que personne n’a à valider.

Même intensité.

Même droiture.

Même fidélité à son langage intérieur.

L’HOMME

Chanteur.

Compositeur.

Performer.

Un type timide, taiseux, zéro posture, zéro bullshit mais une présence scénique capable d’éteindre un groupe entier juste en fermant les yeux.

En coulisses, il lance Alone Prod, label artisanal, intègre, qui a soutenu la scène dark/cold/goth/indus avec une seule règle :

les amis d’abord, les compromis jamais.

Il a joué partout.

Avec tout le monde.

Vu plus de salles que Google Street View.

Survécu à plus de tournées que ce que ton médecin appellerait raisonnable.

MON ÉCOLE

Avec Jacquy, j’ai vu l’Europe par l’arrière :

– les loges
– les caves
– les salles qui sentent la bière des années 90
– les files en noir
– les balances faites en 20 minutes chrono

J’ai porté les flycases.

Puis j’ai tenu le merch.

Puis j’ai organisé les tournées.

Puis il m’a filé un temps les clés d’Alone Prod.

J’ai appris plus avec lui qu’avec n’importe quel master de com’.

J’ai vu le chaos aussi.

Mais le jour où l’embrayage a explosé en Pologne et où les gars ont été déposés sur le parking dans le van posé sur la dépanneuse, j’ai stressé à distance.

J’ai vu James McGearty en loge.

La basse de Only Theatre of Pain.

Et j’ai compris que j’étais assise au milieu de mon propre panthéon.

Grâce à lui j’ai approché des gens que je voyais de loin.

Je lui dois absolument tout mon carnet d’adresses.

Et Jacquy m’a appris un truc fondamental :

Les musiciens sont des êtres humains.

Talents, fragilités, stress, rituels, superstitions.

Et parfois un foie capable de déclencher une guerre civile au moindre oignon ou morceau de fromage.

(coucou les allergies)

LE CULTE

Jacquy Bitch, c’est :

– une carrière souterraine mais colossale
– un héritage massif
– un pilier absolu de la scène post-punk / cold / goth
– un homme adorable, discret et intègre (miracle statistique dans ce milieu)

Il n’a pas eu la reconnaissance qu’il mérite.

Il a mieux : l’empreinte.

Neva a contaminé une génération entière de musiciens souvent sans qu’ils sachent d’où provenait le virus.

Nous, on sait.

TRANSMISSION

Moi, la Fosseuse de Fosse Commune, je suis devenue ce que je suis parce qu’un jour un homme sombre, calme et génial m’a laissé entrer dans son monde.

Parce qu’on traverse la vie différemment quand on a porté des flycases comme d’autres portent des reliques.

Je lui dois :

– mes kilomètres
– mes vertèbres pulvérisées
– mes nuits blanches
– mes concerts
– et l’idée même de ce que peut être une vie donnée à l’art

Aujourd’hui, dans ces archives, je transmets.

Parce que c’est ça la vraie trace des artistes :

pas les chiffres,
pas les stats,
pas les posts sponsorisés.

Les gens qui tiennent debout grâce à eux.

Photos : Fabrice George

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