CORPUS DELICTI, RELEASE PARTY ET SARABAND EN CHAUSSETTES HUMIDES
(ou comment on a failli se prendre un manche de Schecter dans le museau)
Ce concert, c’était un peu « on s’était dit rendez-vous dans 10 ans ».
Sauf que c’était trente ans après, qu’on est arrivés sous la flotte, qu’on s’est tapé les escaliers de la Maroquinerie avec les chaussettes humides.
Et moi, je faisais floc-floc dans mes Docs.
Ambiance : froid aux orteils 98%, état de conservation d’un phoque de baie de Somme égaré à la Capitale.
Huit Picards. Deux voitures. Une mission : Corpus Delicti présentait son nouvel album.
Et il fallait qu’on soit là .
Pourquoi ?
Parmi les Picards qui m’accompagnaient, il y avait trois membres originaux sur cinq de Brotherhood of Pagans.
Et ce groupe a noué des liens particuliers avec le gang des Niçois au début des années 90.
Un axe Nord–Sud original, né de concerts communs et de quelques afters épiques.
Mais ce n’est pas le propos.
Bref.
On était dans la place. Remontés comme des pendules pour écouter en live le dernier album des Corpus Delicti : Liminal.
« Pas un album de plus mais un album qui compte », a expliqué Seb, la voix du groupe.
Le premier depuis vingt ans.
On ne pouvait pas rater ça.
Même sous un déluge biblique.
On était là .
Fiers comme des paons.
En mode support émotionnel de groupe gothique culte (dans notre tête car personne ne nous l’a demandé).
Parce qu’il fallait des nerfs et des c*** pour venir défendre un album chargé de grandes espérances devant un public parisien qui a de fortes exigences (et souvent du mal à décroiser les bras).
Et les Corpus Delicti ?
Ils ont géré.
Ils n’ont pas juste géré.
Ils ont plié la salle.
Le nouvel album joué en entier.
Droit.
Net.
Sans pause.
Sans regarder derrière.
Sur ces nouveaux morceaux, je suis une quiche pour retenir les titres — qu’ils me pardonnent — mais Room 36, Fate et un troisième avec un avion à réaction branché sur la basse fonctionnent incroyablement bien.
Puis est venu le tunnel de tubes.
On les connaît tous.
On les chante.
On les danse.
On les vénère.
Le truc qui retourne une fosse comme on remue un chaudron.
Fosse en vrille.
Seb dans le public.
Les fans qui font la ronde autour de lui.
Le bordel.
La vie.
La joie.
J’ai failli perdre mon gilet, mais pas mes lunettes, faut pas déconner.
Et je repars avec la setlist offerte par Fabrice.
Pas volée.
Méritée.
La consécration.
Un batteur qui te dit « tiens, c’est pour toi » avec des yeux de Viking épuisé, ça compte.
La position stratégique du soir : au pied de Chrys.
À un cheveu de prendre un manche de Schecter dans le pif toutes les deux mesures.
Surtout mon pote Titi.
Il a frôlé la mort idiote.
Mais la mort stylée.
La seule mort qui mérite une stèle en mousse acoustique dans un backstage de festival.
Franchement : si on doit mourir, autant finir victime d’un angle d’attaque de basse en fosse.
Avec le genre d’épitaphe qui cloue le bec à tout le monde :
Décédé au champ d’honneur, percuté par une basse légendaire à la Maroquinerie.
POINT VISUEL
Alors là faut qu’on cause.
À la Maroq, dès qu’ils sortent trois fumigènes, t’es dans un aquarium sale.
En première partie (après le brouillard s’est levé), on distinguait :
– Chrys (en HD, malgré la brume) à la basse légendaire
– Seb, chanteur, quand il fonçait vers nous pour nous rappeler que nos traumas ont un prénom
– la silhouette de Frank, à la guitare, qui est venu glisser de notre côté. Merci à lui
– UNE cymbale (et quelque part, derrière le nuage, un batteur appelé Fabrice, probablement réel)
Mais on entendait qu’il était vivant.
Les photos ?
Acrobatie verticale.
Bras sous le brouillard.
Respiration bloquée.
Je ne suis pas photographe.
Ça se voit.
J’ai fait ce que j’ai pu.
Dans les conditions de fosse.
Avec derrière moi un couple en pèlerinage :
« On les a vus à Toulouse il y a trente ans. »
Regard humide.
Sourire béat.
La religion goth, chapitre 2025.
Ils n’ont pas osé le dire au groupe.
Moi j’ai trouvé ça mignon.
Attendrissant.
Et évidemment, dans le vortex : le wagon niçois.
Oui.
Ils avaient affrété un train pour venir soutenir les leurs.
C’est une ligue.
Un clan.
Une diaspora en noir.
Fière de son patrimoine local.
Fidèle.
Adorable.
Et farouchement attachée à ses quatre trésors régionaux :
– Corpus Delicti
– l’huile d’olive
– les espadrilles
– le pan bagnat NON PROFANÉ
Qu’on soit clair :
si tu mets de la salade dedans, ils te renient.
La diaspora niçoise, c’est les Avengers mais avec un sens de l’accueil (et de l’honneur) basé sur l’amitié et la protection du patrimoine culinaire méditerranéen.
Voilà donc le tableau de fosse du jour.
Le nouvel album de Corpus Delicti est sorti.
La tournée continue en février.
Direction l’Angleterre.
On suivra à Birmingham pour ma part.
On est foutus.
CHECKPOINT PARIS
✅ Docs floc-floc dans les escaliers
✅ Release party en fusion
✅ Nouvel album intégral
✅ Manche de Schecter qui t’effleure l’âme
✅ Fosse en transe
✅ Photos en apnée dans un aquarium
✅ Niçois + Picards = famille bancale mais indestructible
✅ Trop vieille pour ces conneries
✅ Oui, mais encore là . Et bien là .
Partager


