THE YOUNG GODS : ENTRE GRAVITÉ ET APESANTEUR

Pendant que Meta croit qu’à 50 ans l’âme d’une femme se résume à un bracelet ménopause et une culotte gainante, moi j’étais là : debout, volontaire, en plein mur du son. Corps offert aux infrabasses suisses. Et consentante, s’il vous plaît.

Je les ai vus plusieurs fois.

Mais cette fois-ci, j’ai eu l’impression de survivre à une tempête de particules. J’étais très près. Trop, peut-être. En tout cas assez pour que mes os deviennent percussion.

Les Young Gods, c’est quoi ?

Milieu des années 80 : tout le monde noie ses guitares dans la reverb et les claviers FM, et trois Suisses débarquent avec une idée éminemment casse-gueule : un chanteur, un batteur et un type aux samplers.

Pas de guitare. Pas de basse. Pas de clavier. Juste du son prélevé, trituré, recraché en temps réel.

Et le plus fort, c’est qu’ils ne faisaient pas de l’électro ni du décoratif : ils faisaient du méchant, du physique, du brut organique.

En 1987, leur premier album ouvre une brèche. Bowie les cite, Reznor et Jourgensen s’inclinent. Et ce soir, à Lille, ils l’ont rejouée devant mon pif.

Franz Treichler : poète sans ridicule possible, taille les mots comme des pierres précieuses. Il canalise. Il donne l’élan. C’est un chef d’orchestre halluciné.

Cesare Pizzi : chirurgien du sample, règle l’univers avec trois boutons. Ne quitte pas Franz des yeux.

Bernard Trontin : batteur suspendu entre deux dimensions, dialogue avec des entités encore non répertoriées. J’ai pas du tout envie de dire tambour chamanique, mais j’ai pas mieux.

Trois hommes. Trois visages calmes. Pas d’ego. Pas de frime. Juste la science du chaos, exécutée avec le sourire d’un moine zen qui vient de désamorcer une bombe.

Le set ?

Une oscillation entre gravité et apesanteur. Un son nickel.

Les infrabasses te traversent, tordent ton diaphragme, font de ton corps une surface de résonance. Chaque coup de caisse claire te recale la colonne vertébrale.

Ce n’est pas un concert. C’est une sculpture de son.

À force, on se demande s’ils ne déplacent pas l’air. La salle tremble, le ventre aussi, mais tout le monde flotte, suspendu au même point de gravité.

Moi, j’ai cru perdre une molaire sur un riff.

Mais ces types ne crient jamais. Ils ne haussent pas le ton. Jamais. Ils domptent le chaos.

Dernier impact. Dernier silence.

Je reste debout, vidée, éblouie. Eux viennent de réaligner la gravité.

Trois hommes. Un son. Une maîtrise absolue.

Quand les lumières se rallument, je vérifie : tout est encore à sa place. Même mon intestin grêle.

Miracle organique.

Et sinon ? Oui, je suis encore trop vieille pour ces conneries.

Mais bordel, qu’est-ce que c’est bon.

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