VIVE LA FÊTE (BLACK LAB LILLE) : SOIRÉE MOUSSE ET CUIR MOITE

Les Belges les plus joyeusement louches de la new wave ont transformé Lille en sauna électro.

Me voilà de retour à Lille à peine quatre jours après que The Young Gods ont réinitialisé mon âme en ré mineur. J’ai mis mes boots à paillettes et mon mascara qui brille. Direction le Black Lab, une salle que j’adore. Direction Vive la Fête.

Vive la Fête, pour moi, ce n’est pas un fantasme électro-nostalgique. C’est une machine de guerre bien vivante, belge, lubrique et précise.

Un duo : Els Pynoo (ex-top model — non pas que ça la qualifie, mais ça explique son immense beauté) et Danny Mommens (ex-bassiste de dEUS, monument de la musique alternative belge), formé à la fin des années 90 comme un cri de joie sous acide fluo.

Une énergie new wave, des riffs de guitare au cutter, une voix qui minaude sur des beats qui collent, et des tenues qui ne laissent aucun doute : on est là pour danser, transpirer et oublier la réalité dans une odeur de sueur, de glitter et de latex.

Fun fact : Vive la Fête, ce sont des Flamands qui chantent en français pour se sentir plus libres de créer des associations absurdes. Et ça marche à la perfection.

Le groupe joue à fond la carte du kitsch électro, mais sans jamais tomber dans le cheap. Ils balancent des hymnes dansants entre new wave, electroclash et chanson française déglinguée, comme si France Gall avait avalé un synthé et que Gainsbourg était revenu pour danser en slip dans une cave techno.

Leur son est profondément 80s, mais pas nostalgique : c’est une relecture crade, punk et bodybuildée du glamour synthétique d’époque. Du punk à paillettes qui t’écrase la hanche sur un beat club. Le tout avec des textes ambigus, sexuels, absurdes, souvent décalés.

Les puristes new wave les trouvent trop kitsch.
Les puristes électro les trouvent trop rock.
Les puristes rock les trouvent trop disco.

Bref : ils emmerdent tout le monde, donc ils sont cohérents.

Sur scène, ça donne une collision entre l’underground de Manchester, les nuits berlinoises, un catwalk 90s et une teuf libertine sur fond de synthé improbable. C’est dansant mais pas lisse. C’est feel good mais tordu. C’est pop mais ça mord.

Set-up du chaos maîtrisé

  • Une Fender P-Bass tenue par un géant flamand qui mouline comme un boucher transi d’amour
  • Un batteur qui frappe comme si la Belgique jouait sa finale
  • Un clavier en marcel qui envoie des séquences directement sorties du premier album de Spandau Ballet
  • Danny à la guitare, concentré comme un pilote d’hélicoptère, qui orchestre sans un mot de trop
  • Et Els. Soleil noir. Rayonnante, piquante, plus grande que tout le monde, avec une voix qui dit « viens danser » et des yeux qui disent « mais pas trop près »

Elle déjoue les codes du male gaze : elle joue avec le cliché de la blonde sexy, mais c’est elle qui mène la danse. Sur scène, elle est autonome, forte, directive, pas objet. Elle séduit, oui, mais depuis une position de puissance. Et c’est une forme de féminisme aussi.

Mais moi j’étais collée aux retours de Danny. Ma tête posée entre deux moniteurs, mes tympans dans son ampli. Le mec regarde peu le public, mais il écoute tout. Il pilote à l’oreille. Il commande des breaks en live, il donne des signes aux autres, il surveille.

Et dans la fosse, c’était le déluge. Des looks improbables. Des sourires. De la moiteur. Des hurlements sur Maquillage et Noir Désir. Des corps vieux et jeunes, fluos et noirs. Ça braille. Ça danse. Ça vit. Et moi avec.

CHECKPOINT

  • Réussir à coller le premier rang côté Danny
  • Voir une Fender P slappée
  • Se prendre des sons oubliés depuis Wild Boys dans le sternum
  • Hurler Noir Désir sans penser à Vilnius
  • Survivre au retour Lille → Compiègne dans une bagnole mentale pleine de séquences moites et de sueur belge

Me dire que je suis encore trop vieille pour ces conneries. Et rigoler comme une débile.

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