VIEILLES CHARRUES 2025 : VIAGRA BOYS EN BOSS FINAL

(Ou comment j’ai fini mon marathon musical dans le Mordor breton)

Quatre festivals en un mois. Quatre. Mes vacances d’été. Le genre de phrase qu’on peut dire avec fierté ou avec une assurance vie coincée dans la gorge.

1. Rétro C Trop : punk fluo dans la Somme.
2. Main Square : relous en Stan Smith à Arras.
3. Beauregard : le festival au nom de fromage, je sais même plus où c’était mais c’était cool.
4. Et là… Carhaix. Le boss final.

Les Vieilles Charrues. 264 000 festivaliers. Quatre scènes. Un site tellement immense que tu croises les mêmes personnes deux fois : une fois sobres, une fois fondus. Et pour une fois, les drapeaux bretons ne sont pas un délire. Ils sont dans leur élément.

Et cette fois, je ne suis pas seule. Ma fille est là. 21 ans. C’est notre pacte : elle écoute mes groupes, j’écoute les siens. On ne juge pas. On ne commente pas.

ACTE I : ARRIVÉE EN BRETAGNE PROFONDE

Navette d’arrivée, 16h. Je monte avec des mecs pétés à la gnôle, qui beuglent une chanson glauque à la gloire de Xavier Dupont de Ligonnès. On croise des festivaliers qu’on ne voit nulle part ailleurs : des licornes fatiguées, des plots de chantier, des dinosaures fluos, des gens déguisés en menhirs. L’ambiance est vraiment chill pour un truc aussi énorme. C’est classe.

ACTE II : THE KILLS ET LA DISTO DIVINE

On n’a pas bien mesuré le site. On n’a pas mesuré l’embouteillage énorme à l’entrée de Carhaix. On ne mesure jamais assez la Bretagne. Résultat : on arrive à moitié du set de The Kills. Mais même à moitié, c’est eux.

Froids, secs, beaux comme des amants toxiques qu’on regrette juste assez pour retomber dedans.

Elle : regard noir, tee-shirt Suck my Dick, voix râpeuse comme un baiser qui griffe. (Note : je possède le même tee-shirt. Sororité venimeuse activée. Fierté.) Lui : bruyant et éthéré, posture à la fois défaite et divine.

Leur musique ? Un mur de distorsion avec des morceaux de chansons dedans, balancées avec nonchalance.

J’ai le cœur content, les oreilles détruites.

ACTE III : L’ENTRACTE DE LA DÉCOMPOSITION

Pas le temps de pleurer sur le son. Je plonge tête la première dans l’univers de ma fille. Hamza. Enfer pavé d’amour filial.

Je suis propulsée dans une meute de gamins en fusion hormonale, tous en train de filmer, de hurler, de pleurer, de s’évanouir à la chaîne. Je suis coincée contre la barrière, compressée par des aisselles adolescentes aux relents qui piquent les naseaux. J’ai 200 ans ressentis.

J’observe un mur de portables. Tellement haut que je ne vois pas la scène.

Au loin, je vois passer Sebastian Murphy (personne ne le reconnaît dans la fosse, moi je meurs). Je ne peux pas bouger. Je suis frustrée à l’os.

Étape 2 : toilettes. Impossible à expliquer sans heurter la dignité humaine. Des murs repeints à la merde. Littéralement. Des lois de la gravité défiées. Je ressors avec des questions existentielles et une envie de vomir.

Étape 3 : nourriture. Une part de pizza à 5 euros, saveur semelle de Doc Martens 1996. Texture de caoutchouc, fondue à peine, chewing-gum au gluten. Je mâche l’ennui et l’abandon.

Étape 4 : Julien Doré. Au loin. Un set d’une mollesse astrale. On dirait un fond d’écran Windows. Même ma fille fait le geste de se trancher les veines. Ce moment d’union mère-fille dans le rejet, c’est beau. On appelle ça la transmission.

Étape 5 : Macklemore. Au loin. Le grand moment de gêne emballée sous blister. Des danseuses en boîte, des slogans vides comme un feed LinkedIn, une ambiance de gala de charité sous MD.

Macklemore, c’est :
– de la bienveillance désodorisée
– de l’engagement qui ne coûte rien
– de la culpabilité transformée en produit feel-good
– du vent en sneakers

Je rote de mépris pur.

ACTE IV : L’ATTENTE

On reste accrochées à la barrière. On se relaie pour pisser. Je suis devant. Je n’abandonnerai pas maintenant. Je veux Viagra Boys. Je suis venue pour eux. J’ai traversé la Bretagne. Je veux mon chaos.

ACTE V : L’EXORCISME POST-PUNK

00h30. Ils arrivent. Viagra Boys. Les vrais. La claque.

Moi je les aime. Je les ai déjà vus en avril. J’ai déjà écrit sur eux. Mais ce soir, ils m’arrachent un bout d’âme supplémentaire.

Ils hurlent une vérité essentielle :
« Vous êtes moches ? Pas grave. Nous aussi. »
« Le monde est absurde ? Devenez pires. Mais vivants. »
« Insta ment. Nous on sue. »

Sebastian Murphy : en jogging, look épave, chaussettes crades, charisme brut. Un gourou punk, poisseux et magnifique.

Le groupe : chirurgicalement chaotique. Chaque morceau est un uppercut en quatre temps.

On crie, on danse, on s’effondre. Et c’est parfait.

À 1h40, rideau. Ma fille, 21 ans, me regarde et dit hilare : « Ils sont spéciaux. » Elle a tenu. Elle a tout vu. Et elle a aimé. Mais elle n’a pas tout compris.

Victoire absolue.

ÉPILOGUE : LE RETOUR DU CIDRE ET DES SABLES

On prend la navette. Je mouche du sable. Je n’ai plus de voix. Je suis sale, et c’est une horreur. Mais je souris. Parce que j’ai tenu. Et parce que je sais que j’ai vécu un moment de grâce avec ma gosse.

CHECKS — ÉCLATÉES COMME UNE CRÊPE

  • Gens déguisés en plots de chantier
  • Chiottes défiant Einstein
  • Pizza semelle
  • Julien Doré sous Lexomil
  • Macklemore en pub Feel Good Carrefour
  • The Kills : disto divine malgré le son
  • Hamza : j’ai survécu
  • Sebastian Murphy : jogging, sueur, perfection
  • Ma fille : captivée
  • Moi : vivante, crevée, heureuse
  • Trop vieille pour ces conneries
  • Mais prête à recommencer au Cabaret Vert en août

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