VIEILLES CHARRUES : DEPART POUR LE MORDOR BRETON

Oui. J’y vais. Car je poursuis gaillardement ma tournée des festivals. Direction la terre du bout du monde. La patrie du biniou. La Bretagne. Je suis joie, ironie, et Doliprane 1000 préventif.

J’y vais donc : pas pour Macklemore. Pour quoi faire ? Et pas pour Clara Luciani. Qui est miraculeusement pas à l’affiche. Mais parfois, j’ai peur. Je crois l’entendre. Comme un écho dans la sono, un yaourt spectral qui vend du mascara.

Moi je me pointe à Carhaix pour la journée du grand écart.

D’un côté The Kills : duo toxique, sec, félin. Ça ouvre le bal à l’heure de l’apéro moins le quart. Sueur froide, regard noir, trois bières dans le sang à 17h.

De l’autre Viagra Boys : fin de soirée, fin de corps, fin du monde. Objectifs principaux de la journée. Des instruments malades, un chanteur torse nu qui transpire le cynisme. Le chaos dansant. L’ultime remontée acide de la journée. Un goût de reviens-y pour moi qui les ai vus en avril au Zénith. Mes lombaires couinent encore.

Fun fact de programmation inconsciente : Viagra Boys passent après Julien Doré. Et j’imagine déjà le chaos dans la fosse entre deux mondes impossibles.

D’un côté : les fans de Julien Doré. Ils parlent bas, boivent du rosé pamplemousse et trouvent que les textes de Julien sont très profonds quand on y pense. Ils dansent doucement, bras levés façon feuillage dans le vent, et disent « j’adore cette vibe » quand il rime amour avec toujours.

De l’autre : les fidèles de Viagra Boys. Des êtres moites, en short douteux, parfois torse nu, avec un taux d’alcoolémie stable à 2,3 depuis 15h. Ils hurlent des refrains qui n’ont aucun sens parce que le sens est une construction bourgeoise. Ils rigolent comme des hyènes devant les overdubs sous acide et les chorés volontairement déviantes.

Ambiance probable :
— Tu crois qu’il va chanter Paris-Seychelles ?
— Ta gueule, le chanteur de Viagra Boys vient de pisser dans un gobelet.

Et pour moi, entre The Kills et Viagra Boys : un tunnel. Des artistes que je n’ai pas demandés. Des files d’attente pour tout. Un hot dog suspect.

Et ma fille, 21 ans, venue pour Hamza. Et c’est son cadeau de Noël. Un gros festival avec maman. J’ai même promis de fermer ma gueule. J’envisage de le faire. Peut-être. Si je survis à cette fosse.

Je pars donc dans une faille étrange où se croisent la scène alternative, la pop, du rap, un peu de trad bretonne et l’angoisse pure.

Mais j’y vais. On sait jamais. Au détour d’un bosquet je suis tombée sur King Hannah à Beauregard. Et je suis tombée amoureuse. C’est la magie des festivals.

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