KING HANNAH : LA BEAUTE LENTE

(ou le piège de la lenteur hypnotique)

Faut que je vous parle de King Hannah.

King Hannah, c’est typiquement le groupe que tu découvres en festival. Tu n’attends rien de particulier. Tu es posée. Tu glandes. Et tu tends une oreille.

Moi je faisais une pause sur l’herbe. Innocente. Avec mon œuf dur. Et j’ai pris un ovni.

Un truc inclassable entre Portishead sans trip hop, Nico sans héroïne, PJ Harvey sans colère, The Sundays sans la pop. Et c’est planant.

King Hannah, c’est un duo de Liverpool qui joue avec notre système nerveux comme d’autres jouent avec la lumière. Pas besoin d’effet. Pas besoin d’en faire. Ils te happent. Ils t’avalent. Ils t’enroulent dans une lenteur qui n’est jamais molle, mais magnétique.

Hannah Merrick ne chante pas vraiment. Elle murmure, elle glisse, elle serpente. Sa voix, c’est celle du serpent dans Le Livre de la Jungle : rauque, douce, cristalline, hypnotique. Elle ne cherche pas ton regard, ne le refuse pas non plus. Elle est posée, impassible, robe rouge andalouse et baskets. Elle n’a pas besoin de bouger. C’est toi qui avances.

À ses côtés, Craig Whittle tricote un réseau de guitares sinueuses, rampantes, qui montent doucement en tension avant de te lâcher au bord du vide. Il ne joue pas. Il enveloppe. Et toi, tu t’envoles.

C’est un concert qui ne fait pas d’esbroufe, mais qui te laisse en apesanteur. Tu sors de là sans t’en rendre compte. Tu flottes. Tu redescends trois chansons plus tard, ailleurs.

Je ne sais pas si cet effet slow motion passe à l’enregistrement. Je n’ai pas encore écouté les disques. Mais en live, c’est une expérience.

CHECKS – ÉDITION PLANANTE INVOLONTAIRE

  • Groupe découvert par hasard entre deux bières, devenu coup de foudre définitif
  • Voix serpent / cerveau vrillé / cÅ“ur conquis
  • Hypnose auditive non consentie mais validée
  • Guitares qui s’infiltrent sous la peau
  • Frissons tout le long du dos (et de l’âme)
  • Lévitations douces sans substance
  • Applaudissements gênés : on a oublié qu’on était dans un festival
  • L’Angleterre a encore des choses à dire, visiblement

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