SKUNK ANANSIE X GARBAGE : LE BUSINESS DES ANTI-RIDES PEUT ALLER SE FAIRE FOUTRE… ET ON N’A PAS RENTRÉ LE VENTRE

GARBAGE ZENIITH 2026

(ou comment pendant que la société essaie de refourguer des soutifs de mémère et des huiles raffermissantes aux femmes, Skin et Shirley continuent à mettre des Zénith à genoux)

Hier soir, sous une chaleur absolument infernale, j’ai enfilé mon tutu noir, mes Docs et mon eyeliner de survivante pour aller au Zénith Paris – La Villette voir deux icônes absolues de mon adolescence : Skunk Anansie et Garbage.

DEUX VOIX

J’avais rendez-vous avec deux femmes qui ont aujourd’hui, selon les algorithmes de Meta, l’âge de recevoir des pubs pour des gaines chauffantes, des applications anti-rides, des probiotiques pour le transit et des astuces à la con pour lisser, gommer, disparaître. C’est extrêmement vexant. Et faux.

Et comme prévu, j’ai vu deux machines de guerre. Deux bombes. Deux voix. Deux icônes. Deux doigts d’honneur à la meute des mâles alpha, les mêmes qui pensent qu’un podcast crypto est une personnalité, à la connerie ambiante et au business des bas de contention.

Avec toutefois deux façons d’occuper l’espace.

Skin arrive comme un volcan calme. Elle sourit, elle déconne, elle parle avec une toute petite voix douce… puis elle ouvre la bouche et le Zénith entier décolle du sol.

Shirley Manson, elle, transforme la salle en cathédrale glacée. Le genre de regard qui peut faire fondre un manager de start-up à 40 mètres. Élégance absolue. Colère froide intacte. Humour écossais meurtrier. Sourire en coin.

Et surtout : aucune des deux ne joue à avoir 25 ans.

Elles ont mieux à faire. Comme par exemple chanter, occuper l’espace, tenir le set et incarner leur groupe.

DEUX MONUMENTS

Skunk Anansie : toujours le line-up stable. Groove, puissance, maîtrise. Toujours ce mélange inclassable de rock, métal, funk, groove industriel. Irrésistible. Superbe. Et toujours Cass à la basse avec cet air de « je suis hyper chill mais tout peut vite me faire chier », ce qui est honnêtement une énergie de bassiste extrêmement saine.

Ça court. Ça vit. Y’a des flammes en plastique gonflable. Des amplis monstrueux partout. C’est presque un show à l’américaine.

Avec en cerise sur le gâteau l’arrivée d’un type en slam jusqu’à la scène. Frah de Shaka Ponk. Présent dans la fosse du Zénith. Il a passé tout le concert là. Pas en loge VIP. Pas en retrait. Ce qui dénote d’une approche très saine du star system dans cette famille musicale.

Garbage : line-up presque stable depuis les origines. À l’inverse de Skunk, ils ont choisi une scénographie minimaliste. Rien qui traîne sur scène : pas d’amplis visibles, plateau ultra épuré et setup moderne, direct. Toute la lumière est sur Shirley. Les autres sont bien présents mais visuellement en retrait. C’est carré. C’est réglé au poil de cul pour laisser toute l’amplitude à leurs compositions.

Garbage, ça pourrait sembler un peu sirupeux de loin. Gentil ? Pas du tout gentil.

Ça sent le cambouis grunge sous le parfum cher. Garbage a toujours eu ce piège magnifique : des mélodies souples, presque élégantes… mais derrière ça cogne. Ça gronde. Ça vient de l’école du rock alternatif américain des années 90. Pas de la tisane acoustique.

Butch Vig, leur batteur, c’est littéralement une partie de l’histoire du rock alternatif des années 90. Il a un CV de fou malade mais j’ai qu’un truc à dire pour le situer : il a produit Nevermind de Nirvana. Voilà. Le CV commence là. Circulez !

MORALE DE L’HISTOIRE

Bilan de la soirée. J’ai eu chaud. J’ai chanté. J’ai kiffé. Mais surtout je me suis sentie à ma place. Avec le droit de porter un tutu, des Docs, du mascara qui coule et ma grande gueule au lieu de disparaître discrètement en arrière-cuisine avec des recettes de compote anti-oxydante et des tutos « comment rester désirable après la ménopause » sponsorisés par du collagène marin.

Et pour conclure, je vais rappeler ce que Shirley a répondu à ceux qui trouvent qu’elle a vieilli (déjà gros red flag au bipède qui a pensé que son avis avait été sollicité) :

« J’ai presque soixante ans. Bien sûr que je ne vais pas ressembler à la femme que j’étais à la fin de mes vingt ans. Et honnêtement, je trouverais ça un peu flippant si c’était le cas. Je vais continuer à vieillir comme je suis. Je vais continuer à avoir des rides, à me tasser un peu ici, à prendre un ou deux centimètres ailleurs… mais je continuerai toujours, pour toujours, à rocker plus fort que la plupart des gens. »

Eh bien écoute Shirley (si tu me lis, ce dont je doute) : mission accomplie !

Ce n’est pas ton âge qui m’a frappée. C’est le fait qu’il faille encore expliquer à des fatigués du bulbe que c’est la voix, la présence, l’intelligence, l’humanité et la puissance qui comptent. Pas l’état civil.

Moi, hier, j’ai vu deux artistes immenses.

Drôles. Sexy. Vivantes. Puissantes. Techniques. Et profondément libres.

Et bordel… ça fait du bien.

Partager