A PERFECT CIRCLE : THE PERFECT CONCERT IN THE DARK ?

a perfect circle zenith 2026

(Ou comment j’ai assisté à une messe au Zénith Paris où le chanteur refuse obstinément d’être vu. Donc j’ai une seule photo moche. Deal with it.)

Je ne m’attendais pas à ce qu’on lance une chenille sur Judith.

Mais quand même.

Quand tu choisis délibérément de prendre une place assise à un concert, c’est déjà un signe.

C’est ce que j’ai fait pour A Perfect Circle à Paris.

J’étais assise.

En haut.

À la messe.

Prête à partir en filet de bave cosmique.

Les neurones branchés à la 5D.

Parée au décollage.

Spoiler : le seul moment où j’ai vraiment vu Maynard, c’est quand un projecteur s’est trompé.

Parce qu’il y a des concerts où ça slamme.

Des concerts où ça pogote.

Des concerts où un type finit en slip sur les épaules d’un autre.

Et puis il y a A Perfect Circle.

Déjà.

Maynard James Keenan est probablement le seul chanteur capable d’entrer sur scène sans qu’on soit certain qu’il soit effectivement entré.

Les quatre musiciens prennent place.

Tous presque visibles.

Le batteur, monstrueux.

Le guitariste, immense.

La basse, chirurgicale.

Le clavier-guitare, impeccable.

Ils sont placés au millimètre.

Pas un poil de cul qui dépasse.

Puis une ombre traverse discrètement le fond de scène derrière la batterie.

J’ai hésité quelques secondes entre le chanteur et un technicien venu vérifier un câble.

Puis cette voix.

Monumentale.

Plus facile à repérer que son propriétaire.

Discours d’introduction… dans le noir.

Concert… dans le noir.

Salut final… à contre-jour.

Même quand il autorise exceptionnellement les téléphones sur le dernier morceau, il reste pratiquement invisible.

La nuit est un instrument.

Je maintiens une théorie totalement personnelle.

A Perfect Circle est un groupe qui se voit de nuit.

Pas parce qu’ils jouent mieux.

Parce qu’ils jouent avec l’obscurité.

Les lumières.

Les silhouettes.

Les contre-jours.

Le fond de scène.

Tous sublimes au passage.

Tout fait partie du concert.

Du coup, en plein cagnard à 20 h 30 au Hellfest, forcément, t’as un type qui chante derrière une batterie… mais on le voit.

Donc ça fonctionne moins.

Certains m’ont dit s’être emmerdés.

D’autres avoir fait la sieste du siècle.

Je comprends.

Je crois pourtant que c’est précisément ce que Maynard cherche à éviter en travaillant autant l’univers graphique.

Parce qu’il a pris une décision assez radicale :

Sa personne n’est pas le sujet du concert.

Le sujet, c’est l’ensemble.

Les lumières.

Les ombres.

Les projections.

Les musiciens.

Les chansons.

Lui n’est qu’un élément du tableau.

Et à une époque où certains artistes nous font vivre en story le détartrage de leur bouilloire, cette disparition volontaire a quelque chose de presque subversif.

C’est frustrant.

C’est déroutant.

Mais c’est aussi extrêmement cohérent.

Donc, on était à la messe.

Je n’avais pas vu une fosse aussi calme depuis un concert où trois Finlandais faisaient pleurer un harmonium dans une ancienne usine à charbon.

Les gens les yeux fermés.

Figés vers la scène.

Quelques poings en l’air.

Tout le monde ultra concentré.

C’est d’ailleurs ce que Maynard a expliqué en nous demandant d’éteindre nos téléphones.

« Je vous veux pleinement avec nous. »

Ce qu’on a fait.

À l’exception des deux spécimens de type « Mec qui sait ».

Pile à côté de moi.

Une espèce fascinante qui considère qu’un concert est avant tout une excellente occasion d’expliquer le groupe à son voisin.

Et j’en avais une paire à côté avec des commentaires dont je me foutais totalement.

✅ Tu sais que Maynard vit en Arizona ?
✅ Il fait du vin.
✅ Judith parle de sa mère.
✅ Il fait aussi du jiu-jitsu.
✅ Le groupe n’a sorti que quatre albums studio en vingt-cinq ans.

J’ai soufflé du nez.

À part ça.

C’était très calme en gradin.

Et dans la fosse que je voyais d’en haut.

Idem.

Je ne m’attendais pas à un wall of death sur The Noose.

Mais j’avoue avoir parfois cherché ce petit grain de sable qui rappelle qu’il y a des humains sur scène.

Tout semblait tellement millimétré que j’avais presque peur de respirer au mauvais moment.

Le seul débordement de toute la soirée, c’est un homme qui a consacré quinze secondes de sa vie à pousser un immense :

AAAAHHHH !

Entre deux morceaux.

Il en avait visiblement besoin.

Personne ne lui en a voulu.

Puis, au bout d’une heure…

Dix minutes d’entracte.

J’ignore si c’était une pause physiologique ou une recharge du groupe sur port USB.

Vu le concert, les deux hypothèses restent crédibles.

J’en ai profité pour faire de la thermodynamique.

Plus tu montes dans les gradins du Zénith, plus tu cuis.

Je suis donc descendue me coller sous le brumisateur installé dehors pour tenter de redevenir un mammifère.

Et c’est là…

Au loin…

Le martèlement de « Counting Bodies Like Sheep to the Rhythm of the War Drums ».

Merde.

Mon morceau.

J’ai naïvement cru que nous avions tous les mêmes besoins physiologiques.

Manifestement, Maynard avait prévu de lancer mon morceau précisément pendant les miens.

J’ai donc traversé le Zénith en courant.

Puis remonté les marches quatre à quatre comme une dératée.

Pas eu le temps de rejoindre ma place.

Mais j’ai réussi à prendre Counting Bodies Like Sheep to the Rhythm of the War Drums en pleine poitrine.

En haut des marches.

Face à la scène.

C’était exceptionnel.

J’en aurais chialé.

Et sinon… on en parle ?

50 € le tee-shirt.

90 € le sweat.

Le merchandising, lui, était parfaitement éclairé.

Conclusion

J’ai passé deux heures à essayer de voir Maynard.

Lui a passé deux heures à essayer que je regarde autre chose.

Je crois qu’il a gagné.

PS : J’étais également chargée d’une mission de comptage des tee-shirts Tool.

Résultat : j’en ai croisé UN.

Je ne sais pas si les autres étaient au lavage.

Je ressors donc avec une anomalie statistique.