EOSINE : LE NOM D’UN MÉDICAMENT, L’ÉNERGIE D’UNE SUPERNOVA

EOSINE LILLE 2026

Eosine, groupe shoegaze et noise de Liège, a débarqué à L’Aéronef de Lille en première partie d’IST IST. Quatre Belges en blanc, une violence sonore assez peu thérapeutique et une salle retournée avant même l’arrivée des Mancuniens.

(ou comment quatre Belges ont débarqué en première partie d’IST IST et ont retourné L’Aéronef avant même que Manchester n’arrive)

Avant IST IST, il y avait Eosine.

Déjà, parlons du nom.

Eosine, c’est un liquide rouge désinfectant qu’on appliquait sur les genoux des enfants après une mauvaise décision. Moins utilisé maintenant, il a hanté mon enfance.

Eosine à L’Aéronef : la première partie qui n’en était plus une

Le groupe ? Je connaissais le nom. Je savais vaguement qu’ils étaient très jeunes et belges. De Liège. Ce qui, honnêtement, n’est plus un détail anodin vu le nombre de groupes complètement improbables et prodigieusement dingues que la Belgique produit depuis des décennies. J’ai pas été déçue.

Parce qu’une fois sur scène, Eosine ne soigne absolument rien. Eosine provoque des phénomènes.

Et là, je vois débarquer quatre jeunes gens habillés en blanc comme s’ils hésitaient entre cérémonie païenne, rêve fiévreux et crash artistique dans une usine de brouillard. Je me contracte un peu. Vieux réflexe de corneille goth. Parce que sur le papier : moustache, mulet, torse nu sous veste blanche… on est à deux centimètres d’un drame côté basse. Mais j’ouvre les chakras du foie.

Première pensée : « Ah. Intéressant. »

Deuxième pensée cinq minutes plus tard :

« Bon Dieu mais ils sont en train de retourner la salle. »

Eosine : shoegaze, noise et accélérateur de particules émotionnel

Parce qu’Eosine est extrêmement difficile à ranger dans une case.

Shoegaze ? Oui.

Dream pop ? Aussi.

Post-rock ? Par moments.

Post-punk ? Un peu.

Rock alternatif ? Également.

Growl ? Aussi.

Noise chelou ? Ça arrive.

En réalité, ils prennent tout ça, le secouent très fort et balancent le résultat dans un accélérateur de particules émotionnel.

D’un côté, des nappes immenses, des textures qui flottent, des guitares qui se déploient comme du brouillard lumineux.

De l’autre : du mouvement partout.

Parce que contrairement à l’image classique du shoegaze où quatre personnes regardent leurs pédales pendant quarante-cinq minutes, Eosine joue cette musique comme si la scène était en train de prendre feu.

Elena Lacroix et un groupe sous haute tension

Et au centre de tout ça, Elena Lacroix.

Présence immédiate. Une voix qui te met à l’arrêt direct. Une voix capable de passer de quelque chose de presque aérien à une montée qui te traverse la cage thoracique sans prévenir.

Autour d’elle, le groupe entier semble fonctionner sur une énergie très belge que j’ai du mal à expliquer mais que je reconnais immédiatement : zéro cynisme, zéro pose, mais une intensité absolument déraisonnable.

Mention spéciale au bassiste qui a visiblement décidé de jouer chaque morceau comme s’il était en train de défendre physiquement l’existence même de la basse électrique. Respect total pour cette démarche.

Quand une première partie retourne L’Aéronef

Le plus impressionnant reste pourtant autre chose.

C’était leur première fois dans cette salle. Première partie. Public a priori pas marrant venu pour IST IST.

Configuration classique où les gens discutent, vont chercher une bière et attendent la tête d’affiche.

Sauf qu’au bout de quelques morceaux, quelque chose a changé.

Les conversations se sont arrêtées.

Les regards se sont tournés vers la scène.

Et progressivement toute la salle s’est mise à regarder Eosine.

Le genre de moment qu’on reconnaît immédiatement quand on voit beaucoup de concerts. Le moment où une première partie cesse d’être une première partie.

Et devient le sujet.

Franchement ?

Si le but était de se présenter au public lillois, mission accomplie.

Parce qu’en sortant, personne ne demandait seulement comment était IST IST.

Les gens parlaient aussi d’Eosine.

Et ça, pour une première fois à l’Aéronef, ce n’est pas rien.

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