IST IST : MANCHESTER A DÉBARQUÉ À LILLE ET JE ME SUIS TRANSFORMÉE EN NEM VAPEUR AVEC DES DOCS

IST IST en concert à L’Aéronef de Lille, groupe post-punk de Manchester sur scène.

IST IST, groupe post-punk de Manchester, faisait escale à L’Aéronef de Lille pour une rare date française. Vingt-deux morceaux, une chaleur de forge industrielle et quatre Anglais venus transformer la salle en annexe émotionnelle du Grand Manchester.

(ou comment quatre Anglais élevés sous la pluie ont transformé l’Aéronef en annexe émotionnelle du Grand Manchester)

Rien n’aurait pu me faire rater IST IST à L’Aéronef. Rien. Ils ont donné une date de transit en France au retour du Wave-Gotik-Treffen. C’était presque chez moi. À Lille. J’ai donc affronté une chaleur absolument absurde pour aller retrouver l’un des groupes actuels les plus passionnants de Manchester.

Déjà. IST IST c’est un groupe Covid. Ils ont sorti leur premier album en 2020, quand on était enfermés comme des rats privés de décibels et de vie normale. DIY jusqu’au bout des ongles : propre label (Kind Violence Records), propre production, réputation construite à l’ancienne par les concerts, le bouche-à-oreille et une fanbase extrêmement fidèle. Une anomalie.

Cinq albums en six ans. À ce stade, soit ils travaillent beaucoup, soit ils ont trouvé une faille dans l’espace-temps. Cinq albums déjà et ils enchaînent les sold out au Royaume-Uni. Surtout chez eux où ils sont devenus l’un des nouveaux fleurons de la scène locale.

Et forcément, ils revendiquent leurs racines post-punk mancuniennes. Mais ils y ajoutent des synthés, des textures, des sons chelous, des séquences électroniques et une vraie modernité sans ressortir Joy Division du congélateur à chaque interview. Merci à eux.

Vu d’ici, IST IST n’est pourtant pas encore bien connu. Le petit club de l’Aéronef était donc parfaitement logique. De l’autre côté de la Manche, en revanche, les mecs jouent déjà dans une autre catégorie. Genre remplir l’Albert Hall chez eux.

Ici, j’ai même eu la chance de les croiser avant le concert. Quatre types en glandouille dans le patio. J’ai été alertée par l’accent au loin car je connais pas bien leur tronche. C’était eux. Ce qui m’interpelle sur une nouvelle compétence : identifier les Mancuniens comme d’autres reconnaissent les espèces migratrices. Vérification discrète sur Google. Confirmation. Approche.

Juste quatre types en terrasse en train de profiter du soleil lillois. Ce qui est déjà suspect pour des gens élevés sous la pluie anglaise et qui remplissent les salles de l’autre côté de la Manche.

Une heure plus tard, les mêmes types allaient transformer l’Aéronef en annexe émotionnelle du Grand Manchester.

Et avant ça, Eosine avait déjà entrepris de retourner L’Aéronef en première partie. La soirée partait donc sur des bases parfaitement raisonnables.

IST IST : Manchester, le post-punk et la météo intérieure

Sur scène, IST IST ressemble exactement à ce que Manchester produit de mieux : une présence. Un flow. Une philosophie locale : on est triste mais on danse quand même.

Adam Houghton tient le centre avec une voix très particulière. Pas seulement grave.

Des chanteurs graves, il y en a plein. Lui possède une voix qui semble déjà contenir la météo du Nord-Ouest anglais dedans.

Tee-shirt banal. Guitare honnête.

Puis il ouvre la bouche. Et immédiatement : signature vocale. Les yeux fermés, dans le brouillard, dans la vapeur humaine ou au fond d’un tunnel, tu sais que c’est IST IST.

À la basse, Andy Keating apparaît comme une silhouette sortie d’un film noir. Énergie du type qui a vu des choses dont il préfère ne pas parler mais qui va groover quand même.

Derrière, Joel Kay se manifeste principalement sous forme d’un crâne chauve apparaissant entre deux cymbales. Preuve scientifique de l’existence d’un batteur qui maintient toute la machine en mouvement.

Enfin Mat Peters, à la guitare et aux claviers, construit les textures et les nappes comme un homme occupé à négocier directement avec le climat local.

L’ensemble dégage quelque chose de rare : une élégance sans effort. Une force tranquille. Un post-punk pur qui frôle parfois avec le goth rock. Et parfois les fantômes de la Hacienda passent discrètement entre deux morceaux.

Vingt-deux morceaux et cuisson vapeur à L’Aéronef

Et là arrive le seul problème de la soirée.

Vingt-deux morceaux si j’ai bien compté la setlist que j’ai aperçue à l’envers (avant qu’un flan l’arrache avant le rappel). VINGT-DEUX.

La setlist la plus longue de l’histoire de Fosse Commune.

Plus long, il faut appeler The Cure.

Attention : ce n’est pas une critique.

Parce que sur scène, IST IST, ça déboîte.

Mais il faisait une chaleur de forge industrielle. À partir du quinzième morceau, j’ai cessé d’être une personne. J’étais un nem vapeur avec des Doc Martens.

On transpire dans des endroits que même la biologie ignore. À un moment, on décroche un peu.

Et c’est dommage. Parce qu’après arrive l’autoroute des bangers. Dont un immense I Am The Fear. Le morceau qui m’a fait découvrir le groupe. Et qui reste un pied absolu en live.

La fosse souffre. La fosse danse. La fosse fond. À la sortie, nous étions tous rouges, trempés et vaguement cuits à cœur. Je pense sincèrement que l’énergie dégagée dans le patio de l’Aéronef aurait pu faire avancer le petit train de la baie de Somme.

On était morts. Mais heureux.

Et ça, finalement, c’est la définition exacte d’un bon concert.

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