LE FESTIVAL GRATUIT QUI A DÉCIDÉ DE METTRE SHAME, FFF ET DELUXE DANS LE BOCAGE NORMAND

FESTIVAL CA SONNE A LA PORTE 2026

(ou comment un communiqué co-construit autour d’un PowerPoint peut cacher une programmation honnête)

Bon. Je viens de tomber sur un truc qui m’a interpellée. Le Festival CSALP en Normandie. Festival généraliste GRATUIT. C’est du 5 au 7 juin et il fête ses 20 ans.

C’est organisé par le saint triangle budgétaire Région/Département/Agglo dans une commune qui accepte de voir la moitié d’un champ labouré et son standard saturé par des gens qui trouvent que c’est trop fort, avec village associatif, bénévoles souriants et probablement réunion de pilotage à 8h30 avec PowerPoint intitulé : effervescence créative territoriale et dynamique culturelle inclusive. Phrase qui a déjà détruit 14 cerveaux en réunion depuis 2017…

J’ai lu l’édito de cette 20e édition. Et là aussi c’est incroyable. On sait que ça a été maturé dans l’antre d’une réunion « co-construire des synergies territoriales autour des musiques actuelles et du lien intergénérationnel ».

On y trouve :

✅ effervescence créative
✅ diversité sonore
✅ public intergénérationnel
✅ talents émergents
✅ moment inoubliable
✅ gastronomie locale
✅ espace KIDZ
✅ rendez-vous majeur
✅ édition exceptionnelle

BINGO intégral du langage institutionnel. Et j’en sais quelque chose. Croyez-moi sur parole, aucun rédacteur sain d’esprit ne veut écrire ça spontanément.

Et pourtant. AU MILIEU DE ÇA : SHAME.

Pardon mais ça m’a rendue heureuse. Et admirative.

Parce que Shame c’est quand même pas exactement « petit concert familial pendant que les enfants mangent une gaufre artisanale ».

Magnifique.

Et le pire ? La programmation est vraiment bien. Évidemment que j’aime pas tout. Mais c’est bien foutu. Avec des trucs populaires mais pas nazes. Et des trucs pointus mais pas chiants. Rare.

FFF : sueur collective
Triggerfinger : rock belge solide
Deluxe : soleil humain sous moustaches
Shame : accident administratif magnifique

Et plein de trucs à potentiel qui méritent que je pose deux neurones mais j’ai pas le temps ce soir. Faut fouiller. Être curieux. Aller voir. C’est la base du festival.

Et franchement respect.

Parce qu’à une époque où certains festivals gavés de subventions te demandent 97 euros pour voir le même line-up Canva sur 8 régions, voir un festival généraliste public prendre ce genre de risque artistique, je trouve ça couillu.

Tu sens qu’il y a quelque part dans l’équipe :

✅ soit un programmateur très solide
✅ soit un bénévole infiltré nourri au post-punk
✅ soit quelqu’un qui a réussi à glisser ses goûts personnels dans la machine administrative pendant que tout le monde regardait la ligne « retombées territoriales. » (bravo)

Et honnêtement ?

C’est peut-être ça aussi qu’on aime dans les festivals. Le moment où la machine laisse accidentellement passer du chaos vivant.

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