POURQUOI JE VAIS TRAVERSER LE PAYS POUR VOIR DITZ UNE SIXIÈME FOIS

DITZ en concert, groupe post-punk noise de Brighton

DITZ revient cet été au Festival de la Mer dans le Finistère, après une trajectoire qui les a menés du Zénith de Paris à L’Aéronef de Lille puis à l’Élysée Montmartre. Sixième rendez-vous pour moi avec cinq Anglais de Brighton qui changent assez à chaque concert pour justifier mille kilomètres et un gîte décoré avec des mouettes en métal.

(ou comment finir dans un gîte breton au mois de juillet à cause de cinq Anglais sous tension)

Cet été, je vais donc faire près de 1000 bornes aller-retour pour voir DITZ. En juillet. Encore.

Direction le Finistère. À l’appel du Festival de la Mer, encore eux, je pars au pays des galettes au beurre salé, des routes qui tournent sans raison et des gîtes avec déco « esprit marin » où tu dors face à un nœud marin qui te juge pendant la nuit.

Et ce soir-là ce n’est pas une promenade de santé. Pour nous échauffer on aura High Vis et pour nous achever on prendra Shame dans la tronche. Je vous raconterai. Ou pas.

Je vais râler. Me plaindre du trajet. Dire que j’ai mal au dos. Demander pourquoi je m’inflige ça à mon âge. Manger un truc beaucoup trop riche en lipides. Puis finir compressée dans une fosse à regarder Cal Francis nous invectiver comme un prophète fatigué de l’espèce humaine.

Et le pire ? Je suis parfaitement consciente de mes choix.

Parce que DITZ c’est une histoire d’amour.

Tout a commencé dans la fumée du Zénith de Paris en 2024.

Première partie d’IDLES.

Zéro repères. Zéro infos. Juste Joe Talbot qui les recommande bruyamment.

Au loin je perçois une silhouette, un grain nerveux, un mur sonore filtré par l’acoustique bassophobe du lieu.

Et pourtant, même de loin, même flou, même pauvre en hertz utiles, j’ai flairé un truc.

Puis il y a eu Troyes au super festival Nos Rêves Font Du Bruit.

Moins 22 degrés ressenti mais toujours une programmation de ouf dans une salle où les gens gèlent à vue d’œil mais où les groupes transpirent en intérieur.

J’ai enfin mis des visages sur le bordel.

Et une chose m’a frappée : la qualité du set, et le fait que DITZ est un groupe qu’on doit voir de près.

Ce soir-là, j’ai aussi compris que Cal Francis n’était pas juste un chanteur.

C’est un type qui te regarde comme si tu étais personnellement responsable de la fonte des glaces, du prix du gaz et de ta propre névrose.

Il te dit aussi que tu es avant tout responsable de ta propre connerie et que c’est déjà pas mal.

Troisième fois : L’Aéronef à Lille.

Joli bordel.

J’ai commencé rang 2, j’ai fini propulsée je ne sais où, j’ai perdu deux litres d’eau, et j’ai décidé que j’avais l’âge des douleurs mais pas celui de renoncer.

Puis j’ai attendu le nouvel album d’Angleterre via Resident Record.

Payé 16 balles de douane. (Brexit à la con.)

Reçu un sapin qui pue pour la voiture et des chaussettes (les violettes) en ma qualité d’actionnaire de la précommande.

Quatrième fois : résidence à Lille. Again.

Et là, j’ai vu le changement.

Les morceaux pas encore secs. Les nouveaux tempos qui cherchent. Les textures en construction.

Le set qui bascule entre l’ancien monde et le nouveau.

Le risque. Le courage. Les doutes qui transpirent autant que l’huile de coude.

Ils glissaient vers un noise expérimental élégant.

Cinquième fois : Élysée Montmartre. Paris.

Et là, j’ai compris qu’ils avaient changé de dimension.

La salle pleine. La fosse déjà possédée. Le groupe plus solide. Plus dangereux. Toujours pas aimable.

Plus sûr de lui.

Le chaos mieux tenu.

La direction artistique verrouillée.

Le moment précis où un groupe cesse d’être « prometteur » pour devenir futur candidat au Zénith.

C’était énorme. Vraiment.

Et maintenant nous y voilà.

Sixième fois. Le Finistère.

J’y retourne parce que je ne retourne jamais voir le même DITZ.

À chaque concert il y a : une mutation, une nouvelle texture, un morceau qui se transforme, un détail absurde, une faille magnifique et la maîtrise d’un groupe qui sait parfaitement te faire passer par tous les états émotionnels.

Donc oui. Je vais traverser le pays.

Dormir dans un gîte probablement décoré avec des mouettes en métal et des citations sur l’océan.

Gérer la gueule de bois de l’année.

Survivre à deux jours de festival dans la houle.

Avoir mal aux genoux.

Puis rentrer rincée mais heureuse après avoir pris une nouvelle claque sonore par cinq types de Brighton qui jouent comme si leurs amplis avaient des comptes à régler avec l’humanité.

Partager