Retour de fosse
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LaFosseuse
MAKESHIFT ART BAR : LA RÉVÉLATION ET LA PLANCHE OUIJA ÉLECTRIQUE
(ou comment quatre bébés irlandais ont décidé de démonter la notion même de guitare)
Trabendo. Première partie. Makeshift Art Bar.
J’étais venue voir Chalk. Je suis sortie avec un nouveau truc à suivre de près.
Le genre de groupe, et c’est très rare, où tu te dis que même si la tête d’affiche est à chier, t’as pas perdu ta soirée. Rare. Très rare.
Des bébés irlandais. Belfast.
D’ailleurs. Je sais pas ce qu’ils bouffent en Irlande en ce moment, mais y a un problème. Ça fait beaucoup de gens très talentueux et très déterminés au mètre carré dans la nouvelle scène post-punk, noise, bidouille indus et autres musiques radicales.
Et eux arrivent avec la même chose. Mais en plus de la rage, ils traînent une espèce de détachement. Cette tension sous la peau.
Mauvais signe pour eux. Excellent signe pour l’avenir.
Ça se présente comment ?
Déjà, ils sont jeunes. Très jeunes. Genre très très jeunes.
Sur scène : trois guitares, une batterie.
En réalité : une seule guitare normale.
Y a un mec qui joue une planche ouija avec des cordes. Avec un tournevis.
Je refuse toute autre explication.
Je sais que ça a un nom. Je sais.
Mais visuellement, j’ai cru qu’un type allait s’installer au sitar.
À l’oreille, j’ai vite compris qu’on partait pas en ambiance yogi sous un palétuvier.
Full disto dans mon oreille gauche. Direct.
Pas de bonjour.
Bam.
Prends ça.
Oreille droite, un autre sort un son de basse avec une guitare branchée dans un ampli qui n’a clairement pas signé pour ça.
Résultat : une basse énorme ou un mur de disto qui te racle les dents.
Le reste, c’est de la batterie et de la texture.
Des pédaliers de l’espace.
Des séquences.
Un truc entre le noise, l’indus et une danse un peu sale qui hésite entre transe et agacement.
Parce que oui : ils ont l’air très calmes et en même temps profondément agacés.
Et ça, c’est rare.
Les jeunes groupes pensent parfois qu’ils doivent surjouer la colère.
En faire des caisses.
Eux pas besoin.
Sur scène, ça change de configuration.
Autour d’un chant habité, un peu possédé, un peu blasé, un peu en train de chercher une sortie.
Ils parlent entre les morceaux.
On ne comprend rien.
Accent irlandais, articulation optionnelle, énergie patate chaude.
Parfait.
Ne changez rien.
Musicalement ? Impossible à poser proprement.
On entend du DITZ, du Chalk avant l’heure, une trace de IDLES passée à l’acide, du gros noise, des ruptures rythmiques qui arrivent sans prévenir et surtout une identité qui n’est pas encore rangée dans une boîte.
On pense qu’ils ont 60 ans à quatre.
Et ça fait du bien.
Pas de posture.
Pas de démonstration.
Juste un truc encore en train de se construire, en direct.
Au milieu de tout ça : une planche ouija électrique, une guitare qui se prend pour une basse, et une salle qui commence doucement à perdre ses repères.
Révélation.
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