SOIRÉE EN CHAUSSETTES VERT ÉPINARD ET NUIT 3e GÉNÉRATION
(Paris, 8 janvier 1980 : le Palace, quand la France inventait quelque chose sans le savoir et que Yves choisissait la fosse au détriment de la dignité)
Paris. 8 janvier 1980. C’était un mardi. 46 ans jour pour jour.
Le Palace. Temple du spectacle, du mélange, du bordel élégant et des futurs qui se cherchent.
Ce soir-là, l’affiche dit :
Casino Music
Marquis de Sade
Édith Nylon
Trois groupes. Trois esthétiques.
Un même moment charnière : la Nuit IIIe Génération.
La France post-punk est en train de naître, sans slogan, sans recul, sans dossier de presse.
Mais Yves, lui, n’est pas venu pour assister à l’Histoire.
Il est venu pour endurer sans le savoir.
LA SCÈNE D’OUVERTURE MYTHOLOGIQUE
Avant la musique, il y a le cinéma.
Planète Interdite.
Parce qu’à l’époque, tu pouvais encore voir un film de SF culte avant un concert.
Parce que le futur se préparait en double séance.
Yves est avec Patrick et Marsu.
Ils parlent. Ils vivent.
Et là, une voix derrière lui :
« Tu chausses du combien ? »
Yves, poli, naïf, vivant :
« Du 9 en taille anglaise. »
Erreur fatale.
Coup de boule. Arcade ouverte. Sang.
Les creepers Shelley bleues disparaissent dans la nuit parisienne.
Et Yves fait un choix héroïque. Et con.
Il décide d’entrer au Palace en chaussettes vert épinard.
PENDANT CE TEMPS, SUR SCÈNE…
Casino Music
Casino Music ouvre la soirée.
Et Yves est honnête : il connaît à peine.
C’est le seul groupe de l’affiche dont il n’a aucun vinyle.
Ajoute à ça un état semi-groggy, une arcade ouverte, et Anne Francis encore bien installée dans la tête après Planète Interdite…
Autant dire que quand Casino Music invite à « faire le proton » en ouverture de leur LP, Yves, lui, ne fait rien du tout.
Souvenirs : néant.
Écran blanc.
Black-out post-cinéma, pré-chaos.
Marquis de Sade
(oui, ils ont joué avant Édith Nylon, lapsus révélateur assumé)
Marquis de Sade, en revanche, Yves est déjà dedans.
Il écoute Dantzig Twist en boucle depuis sa sortie en octobre 1979, en alternance avec Unknown Pleasures sorti quatre mois plus tôt.
Il a même le premier single, avec la version primitive de Henry.
Avec le recul, Yves reste frappé par une chose : la proximité troublante entre la gestuelle scénique de Philippe Pascal et celle d’Ian Curtis.
Deux groupes cultes pour des raisons différentes, mais une même fièvre corporelle, quelque chose de commun, de tendu, d’habité.
Le set est fiévreux, intense, à l’image de Philippe Pascal.
Skin Disease s’impose comme un véritable étendard post-punk.
Et détail délicieux : Yves les reverra deux mois plus tard à Amiens, et mangera avec eux.
La scène, la vraie, se prolonge toujours à table.
Édith Nylon
Édith Nylon arrive alors que la fatigue commence sérieusement à s’installer.
Mais Yves s’accroche.
Parce qu’il a le premier LP.
Et surtout parce qu’il aime beaucoup le single qui suivra : Femmes sous cellophane.
Là, on passe à un punk à la française, cousin de Starshooter, mais en version plus parisienne, plus bourgeoise, plus stylisée.
Ce qui marque surtout Yves, c’est Mylène Khaski.
Une vraie frontwoman.
Rare à l’époque, dans un milieu encore très masculin.
Souvenir d’un set nerveux, tendu, et profondément parisien.
YVES, ÉTAT DES LIEUX
Arcade ouverte.
Manche en guise de compresse.
Chaussettes improbables.
Zéro plainte.
Zéro sortie.
Il reste. Toute la soirée.
Parce qu’on ne quitte pas un concert pour un détail comme :
- saigner du visage
- être volé
- être ridicule
- être vivant
Le punk n’était pas un style.
C’était une capacité à rester.
Et des années plus tard, Yves pose LA question :
« Sinon, d’après vous, lequel des trois groupes j’ai le plus apprécié ce soir-là ? 😉 »
À ce stade, je tente une réponse évidente : celui pendant lequel il a oublié ses chaussettes vert épinard.
Voilà le seul critère valable.
Le reste, c’est de l’analyse a posteriori.
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