L’APOCALYPSE AUX PIZZAS ET AUTRES FABLES DE CATERING FOIREUX
(sous-titre : comment nourrir un groupe en ignorant complètement leurs allergies)
Dans une autre vie, celle où j’étais le support logistique, administratif et presque médical d’un groupe en tournée, j’ai assisté au crime culinaire parfait.
Notre bassiste est allergique au fromage.
Allergique.
Pas « j’aime pas ».
Pas « ça me gratte un peu ».
Allergique façon tragédie grecque + Ventoline + fin du monde = pas de concert.
Le genre de détail que tu écris sur la fiche technique, section « accommodation ».
(que personne lit)
On arrive dans une salle.
L’organisateur, fier comme un paon sous Red Bull :
« On vous a prévu à manger ! »
Et là…
La vision.
La Tour de Pise des pizzas.
Douze boîtes.
Une architecture précaire construite par quelqu’un persuadé que « musiciens = pizza ».
On ouvre la première.
Fromage.
La deuxième.
Fromage.
La troisième.
Fromage XXL, l’équivalent laitier d’un glissement de terrain.
À la septième boîte, j’ai commencé à rire nerveusement.
À la neuvième, le bassiste préparait mentalement son testament.
À la douzième, on envisageait d’appeler les pompiers juste pour créer un dossier.
Et puis…
La treizième.
La pizza qui m’a fait comprendre que la civilisation était peut-être un accident.
Une pizza aux petits pois.
Aux. Petits. Pois.
Avec.
Du.
Fromage.
Pour un bassiste allergique.
Là, j’ai lâché l’affaire.
On a tous lâché.
Même le four, je pense.
Ce soir-là, le bassiste a mangé…
les bords.
Les putains de BORDS DES PIZZAS.
Le cercle neutre du rock.
Et moi j’ai compris une vérité éternelle :
Le catering, c’est comme la météo.
Tu peux espérer.
Mais tu maîtrises rien.
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