IT IT ANITA : LE BRUIT, LE SOL ET LA BAGUETTE MARTYR

Une semaine après la claque compiégnoise, j’ai remis le couvert avec IT IT ANITA à Troyes.

Même groupe. Autre ville. Même chaos. Autre dimension.

Ils jouaient leur dernier concert avant la reprise du printemps 2026, nouvel album fraîchement terminé, énergie d’animal furieux qui refuse la cage.

Et pour l’occasion, ils étaient dans leur configuration historique : batteur au ras du sol, comme une menace tectonique prête à fissurer le parquet.

Et là… Troyes a implosé.

LE SET QUI A RETOURNÉ LA FOSSE

La salle de Nos Rêves Font du Bruit était déjà chauffée par Basic Partner, Chest, et un public frigorifié mais motivé.

Mais quand IT IT ANITA a posé le premier riff, tout le monde a compris la même chose :

ce qu’on va vivre maintenant… ce ne sera pas propre.

Le batteur, mollets d’acier, moustache hérissée et frappe nucléaire, jouait comme si la Terre lui devait 30 ans d’arriérés de bruit.

La guitare faisait des lignes droites dans nos sternums.

La basse vibrait comme un moteur d’avion tenté par l’autodestruction.

Le son m’a arraché une vertèbre et demi.

Normal.

C’était un set compact, sale, tendu, parfaitement vivant.

Un rappel clair : IT IT ANITA n’est pas un groupe noise qui « joue ».

C’est un groupe noise qui exige et qui donne.

Je renvoie ceux qui n’ont pas suivi au compte rendu de Compiègne où j’explique comment ils ont transformé une claquette de piscine en prophétie du chaos.

Comment ils sont des produits joyeux et efficaces de l’école de Liège.

À Troyes, la réputation a été confirmée.

LA BAGUETTE-MARTYR

Après le concert, j’ai récupéré ce qu’il restait d’une baguette.

Un os.

Un cure-dent.

Un fossile.

Un truc qui dit : engagement total.

Un truc qui a clairement servi à tuer un mammouth sonore.

Un artefact de noise belge.

Et le batteur me l’a dédicacée.

Avec la date.

Et la mention Love.

J’ai demandé : « Mais… tu en casses combien par concert ? »

Réponse : son budget dédié à l’achat de baguettes par mois.

Un chiffre énorme.

Voilà.

Tout est dit.

Le noise, ça coûte cher.

Ce batteur est un missile.

Une scierie.

Et je l’aime.

53 MAYENNE FOREVER

Sur le vinyle, j’ai aussi eu droit à un message cryptique :

53 MAYENNE FOREVER

J’ai vérifié :

– ce n’est pas un code postal belge
– ce n’est pas une secte
– ce n’est pas une référence cachée à John Agnello
– ce n’est pas un club de AirBnB illégaux

C’est juste IT IT ANITA.

C’est-à-dire : un humour qui va plus vite que toi, plus fort que toi, et qui ne t’expliquera jamais rien.

J’ai cru comprendre que c’était une private joke interne à la scène.

Je valide.

On garde.

C’est parfait.

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