Retour de fosse
bad timing deus, chronique concert, concert olympia, concert paris, critique concert, descente en fosse, deus, deus groupe, fosse commune, fosse concert, hotellungue, live deus, live report paris, musique belge, musique live, olympia paris, post rock belge, requiem pour un con, rock alternatif, setlist deus, tom barman
LaFosseuse
dEUS À L’OLYMPIA MASTERCLASS BELGE, FLÛTE TOLÉRABLE ET RELOU BAVARD
dEUS, c’est probablement les Belges les plus classes de l’univers connu.
Classes au sens élégance musicale insolente.
Maîtrise. Puissance.
Et surtout cette capacité rarissime à construire quelque chose de beau sans jamais tomber dans la démonstration.
Pour être honnête, j’avais une petite crainte en y allant : le concert arty pour public sérieux qui hoche la tête en silence pendant qu’un solo dure quatre minutes.
Faux.
Bon… la fosse n’était clairement pas du genre à perdre une godasse dans un circle pit. On sentait une population capable d’écouter un passage instrumental entier sans renverser sa bière. Mais très vite le concert m’a séchée. Littéralement hypnotisée.
Parce que dEUS ne joue pas ses morceaux.
Ils les construisent. Des cathédrales sonores. Et hier soir à l’Olympia, c’était limpide.
Le groupe jouait les deux premiers albums. Les plus tordus. Les plus aventureux. Ceux où le jazz, le rock, le folk, le noise et le « mais qu’est-ce que c’est que ce bordel » cohabitent tranquillement dans les mêmes morceaux.
Et ces architectures biscornues, ils les traversent avec une facilité presque indécente.
Ruptures. Textures étranges. Harmonies vocales inattendues. Cette manière très dEUS de mélanger élégance et étrangeté sans jamais que ça sonne prétentieux.
Moi j’avais l’angle parfait.
Basse devant. Batterie derrière.
Barman dans le viseur.
Je m’attendais à un frontman arty, un peu distant, perché dans son monde.
Pas du tout.
Le type est un chef d’orchestre multitâches.
Regard partout. Signaux permanents.
Respiration du groupe sous contrôle.
Et surtout, il tient la scène avec une nonchalance belge absolument irrésistible.
Et sa voix… Sa voix a changé.
Plus grave. Plus sombre. Plus habitée.
Un grand chanteur. Vraiment.
Et puis il y a ce paradoxe merveilleux.
La musique est d’une sophistication folle.
Mais les mecs sont habillés comme s’ils allaient acheter des pistolets à la supérette de Edegem.
Barman en pantalon de pyjama rayé pour aucune raison. Tous avec des têtes de types qui n’ont probablement pas dormi depuis 1997.
Et comme si ça ne suffisait pas, le concert est truffé de détails complètement absurdes :
une flûte niveau 5e B collège de Charleroi. Et j’ai survécu malgré mon aversion définitive à cet instrument des enfers
une ligne de basse samplée monstrueuse pendant que le bassiste secoue un petit shaker comme à la kermesse de l’école
le batteur qui sort carrément une branche pour faire du bruit de feuillage
Et pourtant tout fonctionne.
Parce que chez les Belges, même l’absurde reste élégant.
MOMENT LACRYMAL
Vous le savez, j’attendais Bad Timing.
Je ne l’ai pas eue.
Normal. Le morceau n’est pas sur les deux premiers albums. Le groupe est resté cohérent.
Mais j’ai quand même eu mon moment suspendu avec Hotellounge.
Le morceau monte doucement.
Et dans le pont, Barman glisse un clin d’œil à Requiem pour un con.
C’était beau à pleurer. J’ai pleuré.
J’en suis encore un peu retournée.
Le concert ?
Pas vraiment dansant. Pas explosif.
Hypnotique.
Et moi plantée là à regarder ces types construire leurs morceaux comme des architectes.
CHECK-LIST DE FOSSE
j’ai pleuré. Pas sur le morceau prévu. La vie est une blague.
j’ai hérité du mec qui vient au concert pour discuter. Une fosseuse lui a hurlé :
« mais tu vas fermer ta gueule ? »
Madame, si vous me lisez : je vous dois un rein.
rappel avec zéro suspense : amplis déjà allumés, technicien en train de réaccorder les guitares pendant qu’on crie « encore ».
Niveau dramaturgie : kermesse municipale.
première partie fantôme. Partout marqué TBA. Même les photographes de fosse qui savent tout n’avaient aucune idée de qui ils shootaient. Le groupe a marmonné son nom. Personne n’a compris. L’histoire ne le saura jamais.
Roses en rappel. Fosse retournée.
Système nerveux en PLS.
Je suis sortie de là un peu bizarre.
Pas électrisée. Plutôt vidée.
Et le lendemain ça infuse encore.
Comme après avoir vu quelque chose de rare. Parce que ce n’était pas juste un bon concert. C’était un beau concert.
Et les beaux concerts… ce n’est pas si fréquent.
A toutes fins utiles : je fais à chaque fois une toute petite vidéo (pour emmerder personne) mais pour donner une idée quand même. Je passe tout sur mon insta (lien en bio). C’est un tout petit compte mais c’est mon agenda de concerts et de retours brefs.
Partager


