THIS IS NOT A LOVE SONG LE FESTIVAL OÙ LA MUSIQUE N’EST PAS UN POWERPOINT
(TINALS, ou l’idée radicale que la musique mérite qu’on tienne debout, sans bubble tea ni pouf en lin)
J’ai beaucoup allumé les grands festivals généralistes ces derniers temps. Pas par posture. Par lucidité.
Les affiches prudentes. Les têtes d’affiche recyclées. Les zones chill qui sentent la lavande et la reddition. Les programmations pensées pour ne froisser personne, surtout pas ceux qui ne viennent pas.
Mais, parce qu’il y a toujours un mais, je sais aussi qu’il existe encore des endroits qui déboîtent. Des festivals qui n’ont pas peur du vide, pas peur du bruit, pas peur de perdre une partie du public pour en gagner un autre, plus attentif, plus vivant.
Dans cette catégorie-là, il y a This Is Not A Love Song Festival. TINALS, pour les intimes. À Nîmes.
Premier aveu. Je n’y suis jamais allée. Pas par désamour. Par logistique.
Nîmes depuis Compiègne, c’est une expédition. La réalité gagne parfois sur le désir. Et ça fait chier. Et c’est la vie. Mais ça fait chier. Mais j’en parle quand même parce que Fosse Commune parle pas de musique juste pour se prendre en photo sur Insta.
Et surtout. Toutes les personnes en qui j’ai confiance et qui y sont allées disent la même chose sur ce festival : pas c’était sympa, pas bonne ambiance, mais un putain de banger.
Un festival à taille humaine. Une identité claire. Une prog de rêve pour les bipèdes comme moi. Et surtout cette sensation devenue rare : la musique n’est pas un prétexte, c’est le sujet.
La programmation 2026 est tombée. Et là, pardon, mais ça fait rêver.
J’allume les gros quand ils le méritent. Mais je sais reconnaître ceux qui tiennent encore la barre. TINALS en fait clairement partie.
Maintenant, on fait ce qu’on fait ici. On regarde la prog en face. Et on voit pourquoi elle claque.
Sixteen Horsepower (US)
Ce que c’est Gothic americana. Folk biblique. Feu et damnation. Le blues qui a lu la Bible trop près de la bougie.
Ce que ça fait en vrai Ça ne divertit pas. Ça te juge. Banjo, voix possédée, menace sourde. Tu n’applaudis pas, tu acquiesces intérieurement en te demandant ce que t’as fait de mal dans ta vie.
Pourquoi c’est fort ici Parce que TINALS ne met pas ça pour faire joli. C’est un acte. Une ouverture de faille.
Body Horror (UK)
Ce que c’est Punk noise contemporain. Moche. Rapide. Méchant.
Ce que ça fait en vrai Ça te saute à la gorge sans demander ton consentement. Pas de groove. Pas de chorus. Pas de respiration. Juste un mur de nerfs.
Pourquoi c’est fort ici Parce que les festivals prudents évitent ce genre de groupe. TINALS les programme.
Brigitte Calls Me Baby (US)
Ce que c’est Indie rock romantique, posture soignée, noir et blanc mental.
Ce que ça fait en vrai Ça joue avec la séduction, mais sans sucre. C’est beau, mais jamais décoratif. Un groupe qui se tient droit, sans minauder.
Pourquoi c’est fort ici Parce que c’est l’élégance sans flan. Pas la caution mignonne.
Chalk (Irlande)
Ce que c’est Post-punk tendu, industriel par endroits, Irlande nerveuse. Ce pays sort des trucs incroyables en ce moment.
Ce que ça fait en vrai Ça avance droit. Basse sèche. Batterie martiale. Aucune intention de te rassurer.
Pourquoi c’est fort ici Parce que Chalk, c’est maintenant. Pas la nostalgie, l’actualité du malaise.
Fat Dog (UK)
Ce que c’est Punk électronique dégénéré. Rave sale. Humour noir.
Ce que ça fait en vrai Tu danses, mais pas par plaisir. Par réflexe de survie. C’est absurde, violent, jouissif.
Pourquoi c’est fort ici Parce que c’est ingérable. Et que TINALS aime visiblement l’ingérable.
Iguana Death Cult (Pays-Bas)
Ce que c’est Garage punk tordu. Psyché sale. Énergie déglinguée.
Ce que ça fait en vrai Ça groove de travers. Tu hoches la tête sans trop savoir pourquoi. C’est vivant, bordélique, pas propre.
Pourquoi c’est fort ici Parce que ça sent la sueur, pas le branding.
Quickly, Quickly (US)
Ce que c’est Indie pop introspective. Mélancolie fine. Textures.
Ce que ça fait en vrai Ça te prend par surprise. C’est doux, mais jamais vide. Une respiration, pas une zone chill.
Pourquoi c’est fort ici Parce que TINALS sait ralentir sans anesthésier.
The Sophs (US)
Ce que c’est Indie rock anguleux. Ironique. Cérébral.
Ce que ça fait en vrai Ça joue avec la forme, les ruptures, le léger malaise. Pas là pour faire chanter la foule.
Pourquoi c’est fort ici Parce que ça complète l’affiche sans l’adoucir. Zéro consensus mou.
Conclusion fosse
Pendant que d’autres jouent la sécurité, TINALS joue encore la musique.
Et ça s’entend. Très bien. Et merci.
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