2026 : L’ANNÉE OÙ LES FESTIVALS NE SONT PAS DEVENUS FOUS. ILS ONT EU PEUR
Tu mets les affiches des grands festivals généralistes de 2026 côte à côte et tu comprends vite. Ce n’est pas un hasard. C’est un réflexe de survie.
Les festivals assurent leur survie cette année. Ça saute aux yeux.
Les mêmes têtes partout. Les mêmes noms qui rassurent. Les mêmes artistes qui remplissent. Parce qu’ils sont sûrs.
Et moi ça me gonfle. Parce que quand tu es festivalier, pour un artiste, tu te cognes deux ou trois purges. J’ai passé l’été 2025 à fuir Julien Doré et Clara Luciani. Je ne souhaite ça à personne.
Alors on met les 10 mêmes machines à cash. Et autour, on saupoudre : un peu d’indé pour la conscience, un peu de rock pour la fosse, un peu d’électro ou de rap pour les stories.
2026, ce n’est pas l’année des programmations audacieuses. C’est l’année des programmations défensives.
Moins de risque. Moins de ligne. Moins de sueur. Et toujours plus de trucs autour qui ne servent à rien, à part satisfaire les partenaires et les créateurs de contenu qui viennent pour tout sauf la musique.
CHARTE DU FESTIVAL IDÉAL
(en 10 points non négociables)
Après des années passées dans la boue, à survivre à des programmations schizophrènes et à observer des corps humains tenter de rester dignes sous 35 degrés avec un gobelet consigné à la main, je me permets.
Je me permets de dire qu’un festival n’est pas un sac d’artistes secoué au hasard.
Et que oui, les corps ont une mémoire.
Et que mélanger Pixies et soirée mousse relève plus de l’expérience sociologique que de la programmation musicale.
Voici donc, sans prétention mais avec du vécu, la charte du festival idéal.
1. Une journée = une dramaturgie
Un jour de festival est un récit. Début, montée, climax, sortie digne. Si ton public est en apnée à 22h, tu ne lui balances pas une sieste sonore à 22h30.
2. On ne mélange pas des états corporels incompatibles
Pogo, transe, contemplation, clubbing : ce sont des états physiques. Les enchaîner n’importe comment, c’est du sabotage.
3. On programme des corps, pas des cibles marketing
On s’en fout du “public CSP+”. La seule question : dans quel état est le corps à cette heure-là ? Le reste, c’est du PowerPoint.
4. La fosse est un indicateur, pas un décor
Si elle se vide, ce n’est jamais la faute du public. C’est que tu t’es planté.
5. L’éclectisme n’excuse pas l’incohérence
Sinon ce n’est pas un festival. C’est un catalogue Fnac en plein air.
6. On a le droit de ne pas plaire à tout le monde
Un festival adulte assume. Le reste, c’est du marketing.
7. Les têtes d’affiche ne sont pas des meubles
Tu ne poses pas un monument entre deux trucs incompatibles comme un pot de fleur premium.
8. La transition est un art
On glisse, on prépare. On ne téléporte pas un public d’un monde à l’autre.
9. Le confort des corps fait partie de la programmation
Eau, ombre, toilettes. Sans ça, ta prog ne tient pas.
10. La musique passe avant l’expérience
Si ton festival est meilleur en storytelling qu’en son, tu as perdu.
POST-SCRIPTUM
Un bon festival, ce n’est pas celui où tout le monde est content.
C’est celui où les bons publics sont au bon endroit, au bon moment, dans le bon état.
Le reste, c’est du flan.
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