JOY DIVISION : BAINS-DOUCHES, 18 DÉCEMBRE 1979

(ou comment Yves a vécu ce concert mythique avant qu’il devienne une religion)

Il vient d’enchaîner Stiff Little Fingers et The Cure (voir précédents posts).

Et ce 18 décembre 1979, Yves met les pieds pour la première fois aux Bains-Douches.

Une salle encore brute. Encore moite. Pas encore transformée en légende parisienne.

Avec lui :

Patrick (futur Guerre Froide)
François (futur Marsu)

Bref, une brochette de futurs activistes de l’underground en chemises trop larges.

LE GROUPE LE PLUS ATTENDU DU MOMENT

Pas de première partie.
Pas de décor.
Pas d’intro.

Rien à vendre. Rien à prouver.

Joy Division arrive comme un bloc de charbon glacé posé sur scène.

Un quatuor à l’os.

Yves les connaît déjà. Très bien.

Il a le Factory Sample, l’Earcom 2, la fièvre, la certitude intime que ce groupe-là a quelque chose de radioactif.

À l’époque, personne ou presque ne sait que Joy Division a été Warsaw.

La mythologie n’existe pas encore.

C’est juste quatre types maigres, dangereux et lumineux.

LE CONCERT

Tu veux savoir si c’était exceptionnel ?

Yves te répond avec une sincérité sèche :

« À cette époque, quasiment tous les groupes post-punk étaient excellents. »

Pas de nostalgie dégoulinante.
Pas de storytelling TikTok.

Juste la réalité : les mecs jouaient comme des possédés.

Et oui, c’était un fuckin’ good gig.

Curtis n’a pas convulsé.

Pas de scène dramatique.
Pas de mythe instantané.

Juste une présence.

Tendue. Magnétique. Prête à se dissoudre dans l’air.

Yves attendait Day of the Lords.

Il l’a eue.

Il a dû sentir son squelette vibrer.

Transmission, fraîchement sorti, a dévasté la salle.

La basse de Hook. La batterie de Morris. La guitare de Sumner. Curtis qui se décroche.

Tous les ingrédients du séisme.

IMPORTANT : CE N’ÉTAIT PAS PLEIN

Oui.

Tu as bien lu.

Les Bains-Douches n’étaient pas bondés.

Il y avait des invitations gratuites.

Des gens ont dit non.

Des gens ont décidé d’aller boire un verre ailleurs ce soir-là.

On devrait leur remettre des médailles en plomb.

Et évidemment, 46 ans plus tard, des frustrés réécrivent l’histoire et lui demandent :

« nan mais t’y étais pas vraiment hein…? »

Yves les renvoie dans leur coin en finesse :

Il était bien là.

Le paltoquet qui doutait… plus jeune… plus aigri… et toujours pas remis.

Régal.

LA FIN ET LE BUTIN

À la sortie, Yves décolle deux affiches.

Une donnée au bassiste de Gegenacht.
Une pour lui.

La sienne, il l’a toujours.

Elle est en photo avec le billet qu’il a gardé et qu’il m’a gentiment confié pour cette série de chroniques.

Un trophée post-punk en papier.

Un morceau de nuit figé.

Curtis mourra cinq mois plus tard.

Personne ne le sait encore.

Personne ne s’en doute.

Ils sont juste là, ce soir-là.

Dans une salle pas complète.

Mais totalement vivante.

Be seeing you.

Prochain épisode : 22 décembre.

Yves voit le premier concert de PIL à Paris.

Et Paris a été con.

Et Lydon aussi.

Et c’était quelque chose.

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