GHINZU OU LA GÉOGRAPHIE PARFAITEMENT DÉRAISONNABLE DU DÉSIR

Ghinzu en concert au Grand Mix de Tourcoing en 2026

Ghinzu au Grand Mix de Tourcoing : dix-sept ans après Mirror Mirror, les Belges reviennent avec W.O.W.A., des salles pleines et toujours cette capacité parfaitement déraisonnable à mettre le public au plafond

(Ou comment j’ai fait 350 kilomètres un jour de bouclage pour aller voir cinq Belges qui avaient disparu pendant dix-sept ans. Et j’ai pas été déçue…)

Compiègne- Beauvais. Journée de boulot. Bouclage. Beauvais – Tourcoing. Concert. Tourcoing – Compiègne. Retour dans la nuit. Lendemain tête dans le fion. Total : 350 kilomètres et probablement une espérance de vie amputée de vingt minutes.

Pourquoi ? Parce que Ghinzu. Voilà.

Pour ceux qui auraient besoin d’une explication plus élaborée, Ghinzu, c’est cinq Belges, dont un « John Stargasm »qui a choisi son pseudo parce qu’il voulait un nom de star du porno est-allemande. Des mecs curieusement habillés qui ont mis du piano, du rock, de l’électro, du groove, du glam et beaucoup trop de tension sexuelle dans le même sac avant de secouer très fort. En gros Ghinzu, c’est de la musique pour danser, baiser et prendre une décision légèrement dangereuse. Ils apparaissent à Bruxelles à la fin des années 90, sortent Electronic Jacuzzi en 2000, puis Blow en 2004.

Les radios, les salles, les festivals. Et Ghinzu s’installe quelque part dans notre mémoire collective sans jamais devenir tout à fait un groupe grand public. Tout le monde connaît Ghinzu. Enfin non. Tout le monde connaît un truc de Ghinzu. Ils ont semé des chansons partout. 21st Century Crooners dans une pub SNCF, Cockpit Inferno dans Les Chevaliers du ciel, ’Til You Faint dans Dikkenek, puis The Dragster Wave dans Taken.

Et surtout, il y a les concerts.

Et là, la France attrape Ghinzu.

Parce que Ghinzu se construit aussi là : sur scène, avec cette réputation de groupe capable de transformer son bordel musical en quelque chose de très physique.

Puis Mirror Mirror en 2009. Et ensuite : plus rien. Dix-sept ans sur la béquille. Jusqu’en mai 2026.

Ghinzu revient avec W.O.W.A., treize nouveaux morceaux et manifestement la ferme intention de vérifier si quelqu’un les attend encore. Réponse : oui.

Ghinzu revient. Les dates tombent. Et les salles se remplissent à une vitesse parfaitement obscène. Tourcoing : complet. Rouen : complet. Le premier Olympia : complet. Strasbourg : complet. Lyon : complet. Toulouse : complet. Nantes : complet. Lille : complet. Un deuxième Olympia a été ajouté.

Et BAM. Me voilà dans Le Grand Mix à Tourcoing avec une seule question : Qu’est-ce qu’ils ont foutu aux gens pour qu’on soit encore là dix-sept ans plus tard ? J’ai vu. J’ai compris.

Ils apportent la joie. Ils apportent des montées qui t’attrapent gentiment pour te coller au plafond. Ils apportent une forme de bordel génial, jubilatoire, un poil dérangeant mais extrêmement efficace et maîtrisé. Ils sont d’ailleurs tous multi-instrumentistes. Ils savent composer. Ils savent occuper l’espace. Et leur synthèse ? C’est du rock chelou, un peu pop. Un peu cabaret. Un peu glam. Un peu crade. Très barré. Plein de nappes de synthés mais pas lourdingue. C’est symphonique. Mais pas chiant. Et le frontman. Stargasm. Le mec le plus branleur, mais brillant, jamais imaginé autour de Bruxelles. Bref.

Et puis j’ai entendu Cold love. Une merveille.

Après tout ça. Je pourrais voir faire une thèse sur les influences croisée de Ghinzu. Je le ferai pas. Finalement ma réponse est « aucune idée, mais putain cette basse », c’est une réponse que je considère comme parfaitement recevable.

Parce que putain cette basse !

Si vous pouvez encore, allez les voir. Sinon. Tant pis. Moi je remets mon slip dans le bon sens. Et je pars dormir 15 jours.