BREAKING FOSSE #11 – GAVIN FRIDAY – LOKERSE FEESTEN 2026
(Ou pourquoi certains artistes ne deviennent jamais des stars… mais deviennent les pères spirituels de toute une scène.)
Je vais vous faire une confidence.
Si je demande dans la rue qui est Gavin Friday, neuf personnes sur dix vont probablement me répondre :
« Aucune idée. »
Pourtant, si vous aimez le post-punk, la cold wave, l’indus, le goth, le rock expérimental ou toutes ces musiques qui ont décidé un jour de regarder la pop droit dans les yeux avant de lui casser une chaise sur le dos… vous savez que Gavin Friday est l’un des papas de tout ce bazar.
Avec Virgin Prunes, dont il fut la voix et le visage, il a entraîné avec lui toute une génération dysfonctionnelle… dont je fais fièrement partie.
Le papa de Virgin Prunes
En 1977, pendant que certains cherchaient encore à savoir si le punk allait durer plus de six mois, quelques Irlandais complètement dérangés fondent Virgin Prunes.
Et quand je dis dérangés…
C’est dérangé.
Vraiment.
Oubliez le concept de « groupe de rock ».
C’est du punk qui a mangé du théâtre expérimental, de la performance artistique, du cabaret décadent et un cauchemar catholique irlandais.
Fun fact : Dik Evans, le frère aîné de The Edge (oui, celui de U2), fait partie du groupe.
Les deux formations garderont une proximité assez étrange alors que, musicalement, presque tout les oppose.
À l’origine, Virgin Prunes part du post-punk du début des années 80… avant de le tordre dans tous les sens.
Il y a du gothique.
De l’industriel avant l’heure.
Du bruitisme.
Des percussions tribales.
Des passages ambient.
Des cris.
Des chuchotements.
Parfois presque de la musique contemporaine.
Ce n’est pas une musique qui cherche le beau.
Elle cherche à mettre mal à l’aise.
Les maquillages dégoulinent.
Les corps se tordent.
Les codes explosent.
Il y a là-dedans une liberté folle qui influencera ensuite toute une partie de la scène alternative.
Pas forcément en vendant des millions de disques.
En ouvrant des portes.
Et c’est exactement ce que font les vrais papas.
Le daron de ma génération
Quand les premières notes de Theme for Thought retentissent, je suis déjà heureuse.
Et là… première surprise.
Je m’attendais à retrouver un personnage sombre, presque inquiétant.
Je découvre un homme incroyablement vivant.
Il arrive en tirant la gueule.
Évidemment.
Puis balance une vanne sur la chaleur.
« I love Belgium… I hate the sun! »
Ce qui est finalement la moindre des choses pour ce vieux corbeau en velours noir.
Puis il replonge immédiatement dans son personnage.
C’est fascinant.
Parce que Gavin Friday possède toujours ce truc impossible à fabriquer.
Cette façon d’occuper l’espace.
Mi cabaret.
Mi punk.
Puis arrive Baby Turns Blue.
J’avais prévu de rester digne.
J’ai dansé comme une débile.
Le dossier est clos.
Et puis…
Caucasian Walk.
Je savais que ça allait être un moment.
Je n’étais pas prête.
Il y a des chansons qui vieillissent.
Et d’autres qui vieillissent avec vous.
J’en avais les poils.
De très jeunes musiciens
Ce qui m’a aussi frappée, c’est qu’il ne vit absolument pas dans son musée personnel.
Une bonne partie du concert était consacrée à Ecce Homo, son dernier album.
Et les nouveaux morceaux tiennent parfaitement debout au milieu des classiques de Virgin Prunes.
Autre surprise : son groupe.
Je m’attendais presque à retrouver une bande de vieux compagnons de route.
Pas du tout.
Il est entouré de musiciens très jeunes, capables de passer d’un instrument à l’autre avec une facilité déconcertante.
Quand on pense que Virgin Prunes appartient quasiment au siècle dernier, voir cette nouvelle génération jouer cette musique avec autant d’évidence est assez bouleversant.
On n’a jamais eu l’impression qu’ils accompagnaient une légende.
On avait l’impression qu’ils jouaient avec lui.
La voix des invisibles
Et puis Gavin a fait… du Gavin.
Dans la même intervention, il a réussi à envoyer promener les cons dans leur globalité, défendre les droits des personnes trans et afficher son soutien à la Palestine.
Sans détour.
Sans chercher à plaire.
Simplement parce que c’est ce qu’il avait envie de dire.
Je comprends parfaitement pourquoi Gavin Friday n’est jamais devenu une immense star populaire.
Il est beaucoup trop libre.
Beaucoup trop théâtral.
Beaucoup trop étrange.
Beaucoup trop Gavin Friday.
Et c’est précisément pour ça qu’il continue de fasciner.
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