BREAKING FOSSE #10 – SOFT CELL – LOKERSE FEESTEN 2026
(Ou comment certains morceaux peuvent encore sentir le latex, les néons roses et les très mauvaises décisions malgré un enrobage kitsch.)
Je vais être honnête.
Pendant une bonne partie du concert, j’ai eu un léger moment de solitude.
Soft Cell, je les avais vus il y a deux ans.
J’en étais ressortie un peu perplexe.
Cette fois encore, il y a eu quelques passages franchement kitsch aux Lokerse Feesten.
Des choristes.
Des arrangements un peu trop propres.
Deux ou trois moments où je regardais Fred, mon copain de fosse, avec ce regard qui signifie :
« On est d’accord… on est un peu sur une croisière Costa, là ? »
Il confirmait.
Moi aussi.
Puis…
Ils ont joué Sex Dwarf.
À la fin.
Tout à la fin.
Et tout a été pardonné.
Enfin… ils ont joué.
Non.
Marc Almond a joué.
Le second membre fondateur du groupe, Dave Ball, n’est plus là.
Décédé en 2025, son ombre a plané sur le concert avec un hommage projeté sur les écrans à la fin.
On ne peut oublier que Dave Ball a emporté avec lui une partie de l’âme de Soft Cell.
Et elle est louche.
Du latex, des nains et des souvenirs
Pour ceux qui ne connaissent Soft Cell qu’à travers Tainted Love, il faut expliquer une chose.
Tainted Love, c’est le tube.
Sex Dwarf, c’est le casier judiciaire.
Marc Almond n’a jamais vraiment chanté les jolies histoires d’amour.
Il préfère les nuits qui sentent la fumée froide, les personnages cabossés, les bars où l’on entre sans être totalement certain de vouloir connaître les habitués.
Et Sex Dwarf est probablement le sommet de cette esthétique.
La chanson nous entraîne dans un univers de fantasmes volontairement sordides.
Avec des pratiques qu’il vaut peut-être mieux ne pas détailler pendant le repas du dimanche.
Le tout est raconté avec un enthousiasme presque enfantin…
Ce qui rend le morceau encore plus dérangeant.
Le choc des civilisations
Et pendant que Marc Almond chantait tout ça avec un immense sourire…
Et un look de maître de cérémonie de cabaret berlinois…
Je regardais le public.
Des familles.
Des couples.
Des gens venus tranquillement passer leur dimanche.
Je me suis dit :
« Il y a forcément quelqu’un ici qui est en train de taper les paroles sur Google. »
J’espère sincèrement que ce n’était pas un enfant de huit ans.
Le problème avec Sex Dwarf, c’est qu’il continue de fonctionner exactement comme en 1981.
Ce morceau sent toujours…
- le sous-sol ;
- les néons roses ;
- le vieux club interlope ;
- le latex ;
- les murs qui collent ;
- les Kleenex sales ;
- les décisions qu’on regrettera peut-être au réveil.
Il est sale.
Volontairement sale.
Et c’est précisément pour ça qu’il est aussi jubilatoire.
Le paradoxe Soft Cell
C’est probablement ça, Soft Cell.
Par moments, le temps a fait son œuvre.
Quelques passages ont pris un petit coup de naphtaline.
Et puis, d’un seul coup…
Ils rappellent pourquoi ils ont changé la pop britannique.
Parce qu’ils ont réussi à faire entrer dans les classements des chansons qui parlaient des marges.
Des laissés-pour-compte.
Des sexualités qu’on cachait.
Des nuits qu’on préférait ne pas raconter.
Marc Almond n’a jamais essayé d’être rassurant.
Il a toujours préféré regarder les marges plutôt que le centre.
Et franchement…
À l’instant où Sex Dwarf a retenti…
Je me suis retrouvée propulsée quarante-cinq ans en arrière.
Dans un club sombre.
Avec un DJ probablement inquiétant.
Une piste de danse pleine de cuir, de mascara qui coule et de gens beaucoup plus intéressants que raisonnables.
J’ai oublié les choristes.
J’ai oublié les passages kitsch.
J’ai oublié tout le reste.
Certes, Marc Almond n’a plus vingt-cinq ans.
Mais il possède toujours cette façon très particulière de sourire en chantant les choses les plus douteuses avec un enthousiasme désarmant.
C’est probablement ce qui le rend aussi fascinant.
PS
Si vous ne connaissez Soft Cell qu’à travers Tainted Love, allez écouter Sex Dwarf.
En revanche…
Évitez de le faire sur les enceintes Bluetooth du repas de famille.
Vous risqueriez de devoir répondre à quelques questions.
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