CARTOGRAPHIE DE FOSSE RELOADED #03 – LE FESTIVALIER EN PONCHO
Cartographie de fosse : portrait du festivalier en poncho, cette espèce de festivalier qui tente de survivre à la pluie des concerts et festivals dans une membrane de plastique transformée en sauna portatif
(Série hivernale d’observation de la faune et des phénomènes de fosse, version enrichie de vos commentaires de la saison passée. Aujourd’hui, le festivalier en poncho : ni sec, ni humide. Juste en souffrance)
Festivalius ponchus condensatus
Étanchéité réelle : 💧💧
Condensation intérieure : 💦💦💦💦💦
Dignité sous capuche : 🤡
Risque d’envol : 🌪️🌪️🌪️🌪️
UNE SECONDE PEAU EN PLASTIQUE DE MAUVAISE HUMEUR
Le festivalier en poncho donc. On le repère tout de suite. Il brille. Il flotte. Il cling-cling au vent comme un sac poubelle premium livré avec un bracelet cashless.
Le festivalier en poncho n’est ni sec, ni vraiment mouillé. Il vit dans un entre-deux climatique que même Météo-France refuse de commenter. Trempé, mais craquant. Condensé, mais aérien. Un enfer humide.
Son poncho, c’est une membrane translucide à 2 €, vendue au merch entre une pinte tiède et un gobelet consigné. Une seconde peau. En plastique de mauvaise humeur.
Attention cependant : après expertise contradictoire de nos lecteurs picards, nordistes, bretons et surtout belges, il convient de ne pas confondre avec la véritable cape de pluie de rando. Celle-là est épaisse, lavable, revendiquée avec fierté et peut même servir de bâche. Il en existe apparemment des très bien. Mais c’est pas le sujet.
Car, à l’intérieur du poncho à 2 €, c’est un sauna turkmène. À l’extérieur, c’est un pare-pluie Lidl. Et pourtant il avance, fier, convaincu que lui, au moins, n’aura pas froid. Quelle naïveté.
LE CYCLE DE VIE DU PONCHO À DEUX BALLES
Le poncho possède son propre cycle de vie. Tu le glisses soigneusement plié dans ton sac. Trois gouttes tombent : tu décides que ça va. Dix minutes plus tard, tu te bats avec la capote en plastique qui refuse de se déplier. Une fois dedans, tu ne sais plus si l’humidité vient de la pluie ou de toi. Tu le replis. Tu le ressors au concert suivant. Il sent désormais la mort et il est troué. Tu finis trempé quand même.
Le festivalier en poncho colle à lui-même.
- Colle à toi.
- Colle à n’importe quoi d’immobile ou mobile dans un rayon de deux mètres.
- C’est une ventouse humaine.
- Un film alimentaire bipède.
Son bruit ? Un froissement continu, comme si quelqu’un emballait Dieu dans du papier bulle. Il glisse. Il flotte. Il crisse. Un animal sonore.
DANS LA FOSSE, UNE MÉDUSE EN RUPTURE DE CONTRAT SPIRITUEL
Et dans la fosse, c’est pire. Le poncho devient une voile. Une tente Quechua possédée. Un cerf-volant de détresse. Le mec manque de s’envoler au moindre riff.
Mention spéciale quand il danse. Là, tu vois clairement une méduse transparente en rupture de contrat spirituel. Un Pokémon Eau raté. Une envie de fuir. Mais en glissant. Avec cette tête s’il a mis la capuche qui donne l’air con à n’importe qui sur terre. Y’a rien à faire.
Et puis il y a la capuche. Formidable dispositif qui ne tourne jamais en même temps que ta tête. Tu veux regarder le guitariste à droite : ta tête tourne, la capuche reste face à la scène. Tu ne vois plus le guitariste. Tu vois l’intérieur humide de ton propre poncho. Pour changer de direction, il faut tourner avec les épaules comme un Playmobil.
LE FESTIVALIER EN PONCHO : MARTYR VOLONTAIRE
Instant culte : à un moment, forcément, le festivalier soulève son poncho pour respirer. Tu vois le visage d’un homme qui sort du four. Rouge. Détrempé. Brillant. Il suinte par tous les orifices connus et inconnus.
Puis il remet tout. Et re-cuit.
Le festivalier en poncho nous rappelle une vérité fondamentale : il existe toujours pire que d’être trempé… être trempé colle-à-colle dans du plastique.
Statut dans l’écosystème : martyr volontaire. On l’honore. On le plaint. On s’écarte.
Et voilà. C’est la vie. C’est la fosse.
Prochainement : la Grande Roue. Plus haut. Plus loin. Toujours pas le concert.


