CARTOGRAPHIE DE FOSSE RELOADED #06- LE STAND DE PRÉVENTION, OU COMMENT ENTRER AU FESTIVAL EN REGARDANT SES CHAUSSURES

Cartographie de fosse reloaded numéro 06 – Le stand de prévention en festival

(Série hivernale d’observation de la faune et des phénomènes de fosse, version enrichie de vos commentaires de la saison passée. Aujourd’hui, focus sur des petits sachets et une dignité froissée dès l’accueil, mais big up aux bénévoles)

Praeventionus benevolus necessarius

Gêne spontanée : 😳😳😳😳
Regard vers ses chaussures : 🩴🩴🩴🩴🩴
Probabilité de dire « c’est pas pour moi » : 🤥🤥🤥🤥
Utilité publique : 🙏🙏🙏🙏🙏

En festival, l’entrée est un moment clé.

Tu arrives chargée. Billet. Sac. Crème solaire. Attentes déraisonnables. Tu veux entendre du son. Tu veux sentir la foule. Tu veux passer le portique et redevenir un corps.

Et là. Juste là. Avant même la première basse. Le camion blanc, propre, sérieux. Avec des affiches qui disent des mots comme prévention, consentement, alcool, respect, safe place, préservatif et parfois chaude-pisse (IST) en sous-titre. Bienvenue.

Le stand de prévention est souvent placé au mauvais endroit. Là où tu croises tout le monde. Tes potes. Tes ex. Ton boss. Le gars avec qui tu as fait un choix discutable en 2018. Tu n’es pas encore ivre. Tu es parfaitement consciente. C’est cruel.

Scène 1 – Le regard fuyant

Tu vois le stand. Il te voit. Tu ralentis imperceptiblement. Tu fais semblant de chercher ton billet. Tu ajustes un truc qui n’existe pas. Tu te dis : « Je repasserai plus tard. »

Mensonge.

UPDATE : Il existe aussi une sous-espèce qui passe devant le stand avec une assurance excessive. Elle ne ralentit pas. Elle ne regarde personne. Elle n’a besoin de rien. On ne peut la soupçonner de rien. DE RIEN. Personne ne lui avait rien demandé.

Scène 2 – Les bénévoles trop normaux

Ils sont souriants. Calmes. Bienveillants. Pire. Ils n’ont aucun jugement. Ils disent : « N’hésitez pas. » Cette phrase est une arme.

Scène 3 – Le moment fatidique

Tu t’approches. Juste un peu. On te tend un flyer. Avec des schémas. Des mots précis. Des réalités que tu n’avais pas prévues de convoquer à 18h12. Ton cerveau fait un bond temporel. Il revoit. Il évalue. Il regrette.

Scène 4 – La capote

Elle est là. Dans un petit sachet. Discrète. Silencieuse. Tu la prends en faisant semblant de rien. Comme si tu ramassais un ticket tombé par terre.

Tu dis : « C’est pas pour moi. »

T’es un mytho. Personne ne te regarde. Mais tu es persuadée que tout le monde regarde. Tu la ranges trop vite. Dans un sac trop petit.

Scène 5 – La fuite

Tu remercies. Trop fort. Tu dis « bonne journée » alors qu’il est 19h. Tu t’éloignes. Le cœur battant. La dignité légèrement froissée.

Tu viens de passer un sas. Pas celui de la musique. Celui de la réalité.

Conclusion

Le stand de prévention n’est pas fun. Il n’est pas chill. Il n’est pas instagrammable. Mais il est utile. Honnête. Nécessaire.

Il ne te demande pas ton mail. Il te rappelle juste, brutalement mais correctement, que tu as un corps. Des fluides. Une conscience. Et que ce corps mérite mieux que le déni.

C’est la seule zone du festival où la gêne est un service public.

Alors oui. Tu détournes le regard. Tu ricanes nerveusement. Tu passes vite. Mais quelque part, tu sais. Sans ce stand, ce serait pire.

Bienvenue au festival. La basse arrive après. La réalité, elle, était déjà là.

Précision pour les gens du fond : le problème n’est évidemment pas le stand. Le problème, c’est nous, mammifères adultes capables de parler de sexe pendant trois heures et de regarder soudain nos chaussures dès qu’un bénévole nous tend une capote.

Et bisous aux bénévoles. Ça doit pas être simple tous les jours. Et merci.