NOS RÊVES FONT DU BRUIT, OU COMMENT UN ÉTUDIANT EN DESIGN A INVENTÉ UN FESTIVAL ROCK/NOISE/POST-PUNK À TROYES
Nos Rêves Font du Bruit 2026 : deux soirées rock, noise et post-punk à Troyes avant le passage du festival aux beaux jours en 2027
(Les 20 et 21 novembre, retour à Troyes. J’y ai déjà perdu la sensibilité de plusieurs extrémités l’année dernière, mais manifestement je n’apprends rien)
Quand on pense à Troyes, on pense généralement aux maisons à colombages. Aux magasins d’usine. À l’andouillette. Éventuellement au champagne, si on connaît un peu le dossier.
On pense moins spontanément à The Murder Capital, DITZ, IT IT ANITA ou à une salle remplie de gens venus de Finlande pour écouter du post-punk en novembre.
Et pourtant.
Nos Rêves Font Du Bruit est né précisément parce qu’un Troyen en avait marre que les groupes qu’il aimait ne passent jamais chez lui.
Et j’aime déjà beaucoup cette histoire.
Au départ, ce festival n’existait pas
Le créateur, Matthis Chapotot, a grandi à Troyes avec du rock dans les oreilles et assez peu de possibilités de le voir arriver jusque chez lui. Alors il regardait des concerts sur YouTube.
Puis il a eu son permis, commencé à aller voir les groupes ailleurs et découvert cette grande tradition culturelle française qui consiste, quand on n’habite pas au bon endroit, à prendre sa bagnole.
En 2020, étudiant en design, il doit travailler sur un projet pour son diplôme.
Il invente donc un festival.
Un faux.
Identité visuelle, concept, tout le bordel.
À la fin de sa soutenance, quelqu’un lui pose une question qui, rétrospectivement, aurait pu lui épargner énormément de travail : « Et maintenant, tu vas le faire pour de vrai ? »
Il aurait pu répondre non.
Il a répondu oui.
Voilà comment commencent les emmerdes.
Sans expérience, sans véritable plan B, il monte le festival.
La première édition fonctionne.
Puis une deuxième.
Puis d’autres.
Et le petit festival fictif dessiné par un étudiant devient progressivement un véritable rendez-vous rock à Troyes.
Aujourd’hui, Nos Rêves Font du Bruit annonce sept éditions en cinq ans, plus de soixante bénévoles et des spectateurs venus de 51 départements et huit pays.
Tout ça parce qu’un jour quelqu’un a posé une question à la con pendant une soutenance.
Comme quoi il faut vraiment faire attention avec les jeunes.
2026 : la petite édition avant le grand bordel
Cette année, Nos Rêves Font du Bruit change son fusil d’épaule.
Les 20 et 21 novembre 2026, le festival propose une édition resserrée sur deux soirées à la Chapelle Argence.
Vendredi 20 novembre
Les Sheriff. Bad Bad Bird. Younger Spirit.
Samedi 21 novembre
Knives. Fragile. Nastyjoe. No Dogs Allowed.
Et le samedi m’intéresse particulièrement parce qu’on est manifestement partis sur le principe : « Tiens. Prenons du post-punk et enfermons Hélène avec. »
Je respecte le dispositif.
Mais surtout, cette édition marque la fin d’une époque.
Parce qu’ils en ont manifestement conclu la même chose que moi : Troyes en novembre, ça caille.
À partir de 2027, Nos Rêves Font du Bruit déménage son calendrier.
Direction les beaux jours.
Du 25 au 29 mai 2027, retour au format cinq soirs, avec l’ambition annoncée de faire sortir progressivement l’expérience du festival des salles.
Donc novembre sera une sorte de sas.
La dernière édition d’hiver avant que tout ce petit monde ne soit décongelé.
Et même les affiches participent
Il faut également parler de l’identité visuelle parce qu’elle raconte assez bien le personnage.
Vous voyez le perfecto, le médiator, la cassette sur l’affiche ?
Ce ne sont pas des éléments détourés dans une banque d’images.
Matthis prend réellement les objets.
Il les pose sur un scanner.
Il plonge la pièce dans le noir et travaille directement avec les mouvements, la lumière et les superpositions.
Pas de montage numérique. Pas de retouche.
Même le logo du festival vient de peinture appliquée directement sur la vitre du scanner.
Le mec a inventé un festival pour son diplôme et, six ans plus tard, il continue à foutre des machins sur un scanner pour voir si c’est design.
Il y a une cohérence dans l’obstination que je ne peux que respecter.
Les festivals qui ont une raison d’être
C’est finalement ça qui m’intéresse chez Nos Rêves Font du Bruit.
Ce festival n’a pas été créé parce qu’une collectivité s’est dit qu’il manquait un événement musical au troisième trimestre.
Il est né d’un manque.
Les groupes ne venaient pas à Troyes ?
Très bien.
Ils allaient les faire venir.
Et quelques années plus tard, The Murder Capital termine son année devant une salle où des Italiens, des Hollandais et des Finlandais ont fait le déplacement.
La boucle est quand même assez belle.
Alors les 20 et 21 novembre, je retourne à Troyes.
Pour les groupes.
Pour le festival.
Pour le lieu.
Pour la programmation.
Pour les bénévoles.
Et parce qu’après avoir survécu à l’édition précédente, j’ai désormais une relation personnelle avec la température de la Chapelle Argence.
Ensuite, rendez-vous du 25 au 29 mai 2027.


