LE BINIC FOLKS BLUES FESTIVAL, OU LE PLUS AUSTRALIEN DES FESTIVALS BRETONS
(Ou comment les galettes-saucisses sont devenues étonnamment compatibles avec le pub rock australien)
Il existe à Binic deux phénomènes que la science peine encore à expliquer.
La mer quantique de Binic
Le premier concerne la mer.
À Binic, plus tu t’en approches… plus elle recule.
Tu marches.
Tu marches encore.
Tu traverses trois bancs de sable, tu croises deux crabes qui te jugent, tu franchis quatre fuseaux horaires et l’eau est toujours à cinquante mètres.
J’appelle ça la mer quantique.
Pourquoi Binic est devenu une colonie australienne du rock
Le deuxième phénomène est encore plus étrange.
Au fil des ans, ce petit port breton est devenu l’un des endroits préférés des groupes australiens.
Parce qu’en regardant l’affiche 2026 du Binic Folks Blues Festival, et celles des années précédentes d’ailleurs, il y a un moment où le doute n’est plus permis.
Sur 25 groupes, on compte 12 Australiens et 1 Néo-Zélandais : The Datsuns. Mais vu les distances, on va les intégrer au pack austro-breton 2026.
On y croise les légendes du pub rock Cosmic Psychos, le post-punk tendu de CLAMM, le hardcore furieux d’ARSE, Public House… et toute une galerie de groupes qui rappellent qu’en matière de rock indépendant, l’Australie est une véritable mine d’or.
Pendant trois jours, les « G’day mate! » devraient donc largement battre les « Kenavo ! » au classement des salutations sur la jetée de Binic.
À ce stade, la Bretagne est devenue un État australien.
Il manque juste deux koalas sur le port et personne n’y verra rien.
Beast Records, le lien entre Binic et Melbourne
Je me suis donc posé la question.
Pourquoi ?
Et la réponse n’a rien d’un coup marketing.
Elle s’appelle notamment Beast Records.
Depuis des années, le festival entretient des liens étroits avec ce label indépendant rennais passionné par la scène australienne.
Au fil des rencontres, des tournées et des découvertes, Beast Records et La Nef D’Fous ont construit un réseau qui fait revenir, année après année, de nombreux groupes australiens à Binic.
Une façon également de faire découvrir au public français une scène d’une richesse incroyable.
Parce qu’une fois qu’un groupe a traversé la planète, autant lui éviter de rentrer à Melbourne après un seul concert.
Binic devient donc souvent le point de départ d’autres dates.
Et quand on sait déjà ce que représente la logistique d’une tournée entre la Marne et la Manche, je n’ose même pas imaginer le bazar pour faire traverser la planète à tout ce petit monde.
Donc on optimise.
On partage.
On diffuse.
Un festival qui refuse les étiquettes
L’esprit du festival m’interpelle aussi.
En creusant un peu, je suis tombée sur une phrase de Ludovic Lorre, président de l’association La Nef D’Fous et programmateur du festival.
Une phrase qui résume sans doute mieux que n’importe quel discours l’esprit de Binic.
Il explique construire sa programmation comme une façon de « partager la bande-son de ses nuits d’hiver solitaire par le biais d’un concert l’été ».
Il transmute le blues du dimanche soir de novembre en affiche.
Alors que moi, je transmute essentiellement mon cafard en une envie de partir m’installer dans une yourte dans le Larzac.
Chacun son talent.
J’adore.
Au passage, ne vous laissez pas tromper par le nom.
Le Binic Folks Blues Festival est probablement aujourd’hui l’un des festivals les moins « folk blues » de France.
Et c’est complètement assumé.
Ludovic Lorre raconte à Benzine avoir ajouté le « s » à Folks pour brouiller les pistes et éviter de se retrouver enfermé dans des débats de puristes.
Finalement, le meilleur moyen de comprendre Binic, c’est peut-être d’arrêter d’essayer de le ranger dans une case.
Et d’y aller.
Rendez-vous à Binic du 24 au 26 juillet
Rendez-vous les 24, 25 et 26 juillet sur le port de Binic.
Pour ma part, je serai de retour du Festival de la Mer le 26 (je n’ai pas le don d’ubiquité, que Binic me pardonne, mais beaucoup de la programmation australienne est partagée avec le Finistère — Dieu bénisse les organisateurs intelligents).
Je pourrais bien m’arrêter vérifier si je vois un kangourou courir après un goéland…
Parce qu’il y a des expériences qu’on ne peut décemment pas laisser sans vérification scientifique.
PS : Je maintiens malgré tout que quelqu’un devra un jour m’expliquer pourquoi un festival qui s’appelle « Folks Blues » programme un groupe qui s’appelle ARSE.
Mais ça, c’est probablement un troisième phénomène local.
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