LA ZONE YOGA OU COMMENT TENTER UN CHIEN TÊTE EN BAS AVEC 3 GRAMMES ET UN SYSTÈME NERVEUX EN PLS

(Série d’observation hivernale en attendant les migrations festivalières. Aujourd’hui : la zone yoga. Ou la tentative de remettre un squelette dans l’axe)

Le yoga en festival n’est jamais un délire mystique.

C’est une conséquence.

Et ça existe. Vraiment.

On en a croisé au Hellfest.

Des mecs en battle jacket font le chien tête en bas pendant qu’un solo tente d’ouvrir une faille dimensionnelle.

Mais il y en a aussi ailleurs.

Download. Boomtown.

Tapis posés à côté du chaos.

Personne ne dit « énergie ».

On dit :

je dois pouvoir enfiler mes chaussures lundi
si je ne respire pas je m’éteins
si je ne récupère pas je rate le set de 18h

Scène 1 : L’apparition

Tu marches.

Tu es détruite.

Ton cerveau veut fuir par une oreille.

Et là.

Des tapis.

Des gens pieds nus.

Ton cerveau : erreur 404.

Scène 2 : Les participants

Pas des yogis.

Des sinistrés articulaires.

celui qui a fait quatre circle pits et découvre ses hanches
celle qui a headbangé jusqu’à l’auto-agression cervicale
le type décollé d’un caisson il y a 12 minutes
la meuf au tote bag de 12 kg et à l’épaule morte
le slameur en slip qui regrette ses adducteurs
le quadra dont le genou a voté contre lui dimanche

Personne ne cherche l’éveil.

Ils veulent tourner la tête lundi sans pleurer.

Scène 3 : Le silence

La prof : « Inspirez. »

À 200 mètres : growl démoniaque.

Double pédale.

Big muff soviétique.

Un mec en corpse paint traverse.

Quelqu’un hurle WOOOO.

Personne ne réagit.

Le yoga ne s’oppose pas au festival.

Il négocie avec lui.

Scène 4 : Les postures

Chien tête en bas.

Guerrier.

Arbre.

Ils tiennent.

Ils tremblent.

Patch Slayer sur le sac.

C’est magnifique.

Scène 5 : Le moment gênant

Savasana.

Silence.

Quelqu’un pète.

Ou rote.

Ou ronfle.

Personne ne sait qui.

Tout le monde sait que ce n’est pas spirituel.

Scène 6 : Le calcul

Est-ce que ça aide ?

Oui.

si ton corps répond encore
si tes vertèbres négocient
si tu sais ce que tu fais

Non.

si tu es à 48h de festival
si tu marches comme un crabe sous kétamine
si tu cherches ta tente qui n’est pas la tienne

Et surtout non si tu te dis :

« Ah ouais ça peut être pas mal. »

Non.

Là, ce n’est plus du yoga.

C’est un audit post-catastrophe.

Ton corps ne veut plus s’aligner.

Il veut :

un médiateur
un kiné
un exorciste

Conclusion

Hydrate-toi.

Répare ce qui peut l’être.

Retourne dans la fosse.

Namasté.

Mais avec une attelle.

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