LES CHIOTTES OU LA GRANDE INÉGALITÉ QUI FERMENTE PAR 40 DEGRÉS
(Série d’observation hivernale en attendant les migrations festivalières. Aujourd’hui : les chiottes traumatiques ou le grand plaidoyer pour la généralisation des urinoirs féminins)
Il y a un endroit en festival où le progrès et la civilisation décèdent.
Tu les sens avant même d’y être.
Tu reconnais la zone aux gens qui tournent autour. Ceux qui veulent y aller sont déjà en angoisse. Ceux qui en sortent sont changés.
Le regard un peu vide. La démarche raide. Le silence de ceux qui ont vu des choses.
Les chiottes.
Les cabines. Les vraies. Celles où l’humanité fait une pause. Celles où tu ne vas qu’en cas d’urgence absolue. Celles où tu peux t’empêcher de boire pour ne pas y aller.
Dernier bastion médiéval autorisé en zone culturelle subventionnée.
Deux mondes
D’un côté, les bipèdes dotés d’un pénis.
Ils pissent debout. Où ils veulent. Quand ils veulent. Ils disparaissent 32 secondes. Ils reviennent soulagés. Disponibles. Parfois même inspirés.
De l’autre côté : nous.
Pour pisser, on doit :
faire la queue pendant une demi-vie
entrer dans une cabine en bois ou en plastique
affronter une odeur qui n’existe dans aucune autre dimension connue
enlever des vêtements
s’accroupir comme une chèvre traumatisée
viser sans regarder
prier pour ne rien toucher
ressortir en faisant semblant que « ça va » alors que non, ça ne va pas
Que ce soit des chiottes chimiques ou sèches, le message est clair : pisser, pour nous, c’est une mission.
Les variantes de l’enfer
Les chimiques :
le souffle de l’enfer
le sol liquide
le papier qui a quitté le chat
Les sèches :
le copeau
le type chill avec son gobelet
la leçon de compost
la culpabilité écologique pendant que ton périnée panique
Je suis venue pour pisser. Pas pour comprendre le cycle de la vie.
Et soyons clairs : les chiottes sèches devraient servir uniquement à chier. Uniquement. Je peux en débattre en conseil d’administration.
La solution
Elle existe. Elle est simple. Elle fonctionne.
Les urinoirs féminins.
Debout. Rapides. Sans copeaux. Sans discours. Sans pelle. Sans seau à contempler comme une erreur de parcours.
Ils existent. Il y en a au Cabaret Vert. C’est le seul festival où j’ai pu boire suffisamment et pisser sans souffrir. Ça change tout.
Conclusion
Les chiottes de festival ne sont pas neutres. Elles sont sexistes par conception.
Et tant que ce problème ne sera pas réglé, on pourra faire semblant d’être progressistes ailleurs.
Parce que l’égalité, ça commence par pouvoir pisser sans perdre sa dignité, son odorat, son appétit et sa foi en l’humanité.
Et bonne chance pour l’été prochain.
Tips de survie
baume du tigre sous le nez
regard fixe, droit devant
aucune pensée parasite
éviter tout vêtement à bretelles (ça trempe)
tout ce qui peut tomber est dans un sac fermé, zip vérifié deux fois
penser à sa feuille d’imposition, à un tableau Excel, à quelque chose de froid et administratif
faire ce qu’on a à faire
ne rien toucher, ne rien regarder, ne juger personne (ni soi-même)
sortir. Point.
À suivre.
Demain : les moules du crash barrier, ou le gars qui a décidé qu’il serait là 9h en plein soleil même s’il n’aime pas le groupe.
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