LE JOUR OÙ UNE GAMINE A FAIT SOURIRE JEAN-JACQUES BURNEL
(ou comment l’héritage punk se transmet mieux qu’un patrimoine immobilier ou comment on a tous fait 45 secondes en apnée)
Le contexte : Rétro C Trop 2025, 40 degrés, bière tiède, lombaires en PLS, et une barrière que je tiens comme si ma vie émotionnelle en dépendait.
Sur scène : The Stranglers.
Dans les amplis : les fondations de ma colonne musicale.
Dans la fosse : moi, des vieux chnoques (c’est JJB qui nous a qualifiés comme ça), des randoms toujours vénères, et… une gamine.
19 ans.
Pas 20, pas 25.
DIX-NEUF.
Elle connaissait toutes les paroles.
Même les trucs obscurs que des fans historiques oublient parfois parce que la vie, la taxe foncière, les enfants, tout ça.
Elle hurlait les couplets, elle vibrait sur les breaks, elle sentait le morceau avant même que Baz l’attaque.
Et puis arrive LE moment.
Burnel, l’homme qui sourit moins qu’un fonctionnaire des impôts un lundi matin.
Burnel, la basse en forme de kalachnikov émotionnelle.
Burnel, l’œil noir qui a fait reculer des générations de relous, arrête le set.
Il la pointe du doigt et demande : « Comment tu connais toutes les paroles ? Quel âge as-tu ? »
La gamine se penche, se rapproche, et lui balance : « J’ai été mal élevée ! »
BAM. Direct.
Traduction : excuse-moi monsieur Burnel, mais mes parents m’ont donné un très mauvais sens des priorités et j’ai grandi avec ta discographie dans les veines.
Et là…
D’abord on a tous arrêté de respirer parce que JJB a froncé les sourcils.
Il a dit : « Whaaaat ? »
On a tous serré les miches. On sait que JJB c’est un orageux.
Et. Le miracle.
Le truc que même Lourdes n’a pas dans son catalogue.
Burnel. Sourit.
Pas un sourire poli.
Un sourire de reconnaissance animale.
Le sourire de : « Ah, la relève existe. La génération qui arrive n’est pas entièrement tiktokee. »
Ce sourire, on l’a tous vu.
La fosse entière a fait « oh putain ».
Même Baz a jeté un œil genre « qu’est-ce qu’elle lui a dit ? » (il ne comprenait rien : l’échange était en français).
Moi, j’ai failli tomber par terre, mais j’avais mes consignes : tenir la barrière et gainer.
C’était un passage de flambeau.
Un alignement de planètes.
Une preuve que The Stranglers n’appartiennent pas qu’aux boomers et aux punks cabossés.
Que la basse de Burnel continue son travail, encore, toujours, génération après génération, à travers des mômes qui découvrent la rage, la poésie et l’underground par les vinyles de leurs parents ou les playlists pirates.
Ce soir-là, j’ai compris : le punk vieillit peut-être, mais il ne meurt pas.
Il se transmet.
Parfois avec un sourire.
Et comme les histoires bouclent toujours quand elles sont importantes, The Stranglers viennent d’annoncer un French Tour 2026.
Je ne crois pas aux signes, mais disons que celui-ci me prend par la main.
Pour celles et ceux qui veulent lire ma chronique complète de cette journée épique, elle est dans les archives.
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