LE JOUR OÙ LA PESTE NEGRA A JOUÉ DANS MON SALON ET J’AI COMPRIS L’ÂME DE LA SCÈNE DIY

(ou comment un ascenseur Vinci, un groupe catalan et un salon français ont inventé la seule définition valable de musique indé)

Il y a des souvenirs qui se fabriquent sans prévenir.

Celui-là commence à Paris, finit chez moi, et passe par deux heures coincés dans un ascenseur Vinci, avec un groupe catalan qui a choisi le rire comme stratégie de survie.

L’idée n’est pas de raconter l’intime mais de raconter la scène.

La Peste Negra, en tournée française.

Un concert parisien pour le groupe de deathrock catalan avec à sa tête l’adorable Eva, aujourd’hui chanteuse de Malifexio.

Elle m’a d’ailleurs donné l’autorisation de raconter cette histoire.

Gracias !

Ça démarre dans une petite salle à Paris comme je les aime.

Et moi, qui les loge parce que je coorganise.

Et qu’à l’époque, l’indé n’avait ni budget, ni hôtel, juste des gens qui se reconnaissent et se disent : « Venez, j’ai un canapé et du café. »

Je ne sais pas si c’est mieux maintenant.

Mais c’est pour situer.

Le concert se passe.

On sort.

On rigole.

On refait le monde.

Puis l’ascenseur Vinci décide qu’il en a assez de transporter des musiciens.

Et nous voilà coincés.

Deux heures.

Deux heures de chaleur, de câbles fatigués, de « il ne faut surtout pas bouger », de j’ai envie de pisser.

Plus tous les instruments, un claustrophobe et surtout… l’envie de rire.

Du vrai.

Du nerveux.

Du « si on ne rigole pas, on crie ».

L’exorcisme par l’humour, version post-punk catalane.

On finit par s’en sortir, littéralement.

On rentre.

Et le lendemain, pour me remercier de l’accueil, ils s’installent dans mon salon.

Sans prévenir.

Sans cérémonie.

Clavier posé sur une chaise.

Guitare acoustique en travers.

Batteur sur saladier.

Tama sénégalais.

Des maracas.

Un tabouret bleu qui n’a jamais compris ce qu’il faisait dans cette histoire.

Du grand n’importe quoi.

Une brocante punk.

Et La Peste Negra commence à jouer.

Et c’est beau.

Un bœuf improvisé.

Un moment volé au monde.

Un cadeau.

Le genre de truc que tu n’expliques pas.

Que tu vis.

Que tu gardes.

Que tu racontes seulement à ceux qui savent ce que veut dire musique indé quand elle n’est pas un hashtag, mais un souffle.

Ce jour-là, j’ai compris un truc simple :

la musique indé n’est pas un secteur.

C’est une maison ouverte.

Une confiance.

Une table trop petite.

Un ascenseur en panne.

Un salon transformé en cathédrale.

Et parfois, un groupe catalan qui te dit merci en jouant à trois mètres de ta bibliothèque.

Et bordel ça m’a donné des ailes !

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