JEAN-MICHEL A TOUT DESSINÉ… ET PRESQUE IGGY POP

(sous-titre : anatomie d’un dessinateur qui n’attend pas qu’on l’accrédite pour faire son boulot)

Avant de vous raconter Jean-Michel, je précise un truc : je l’ai connu dans ma vie d’avant, celle des tournées, des balances approximatives, des loges minuscules et des vans qui sentent la bière froide et l’angoisse pré-set.

Jean-Michel était déjà là. Carnet à la main.

Debout dans la fosse, en train de saisir un musicien comme si la musique se dessinait toute seule.

C’était beau.

ANECDOTE CERTIFIÉE IGGY

Avec Jean-Michel, on hante les mêmes lieux. Comme Rétro C Trop 2024. Iggy Pop en tête d’affiche, l’Everest de tout dessinateur de fosse normalement constitué.

Jean-Michel arrive un peu tard (classique), s’installe pour dessiner Silmarils, qui joue en première partie, côté barrière… et un agent de sécurité fond sur lui.

Il croit qu’on va lui confisquer son feutre, ou lui mettre un PV pour usage d’encre illégal.

Nope.

On l’embarque backstage, en plein rappel.

On lui dit : « montre-lui ! » comme si c’était une prise de guerre.

Le chanteur de Silmarils voit le dessin, s’illumine, signe, jubile.

La productrice applaudit.

Le backstage devient une brocante euphorique autour du carnet.

Le producteur d’Iggy, lui, reste rationnel (et chiant) : non pour le backstage. Jean-Michel perd sa place devant. Iggy sera dessiné avec difficulté au milieu du pit.

Mais anecdote en or.

ÉTHIQUE DE GUERRIER : LÀ OÙ ON LE RESPECTE, IL VIENT. LÀ OÙ ON LE SNOBBE, IL PASSE.

Un festival flan lui a dit un jour : « On accrédite seulement quand on a un bel article dans un grand média. »

Très bien.

Depuis, il va là où on le considère : La Grange à Musique, le Supersonic, le CDF, l’Horloge, le Caméléon, le PFE, L’Enceinte…

Les salles qui comprennent son boulot.

Celles qui savent qu’un croquis pris en fosse vaut mille photos tièdes et quinze communiqués corporate.

COMMENT IL BOSSE ? COMME UN ACROBATE

Jean-Michel dessine debout dans la fosse. Toujours.

Avec les coups, les bières volantes, les jumps, les relous, la chaleur.

Il se place en fonction des musiciens : à gauche pour les droitiers, à droite pour les gauchers.

À la Maroquinerie : les trois marches.
Au Supersonic : la mezzanine.
À la GAM : la sécurité lui tamponne la page comme un passeport.

Jamais sur le premier morceau.

Il observe d’abord : les gestes, les regards, les tics, les mâchoires, les riffs.

Puis ça part.

Un déclic. Une montée.

Et plus rien ne l’arrête.

Encre noire, sépia ou bleue.

Une petite lampe de vélo scotchée au pouce (« pour gêner personne »).

Couleurs posées sur place quand la lumière le veut bien.

Il dessine en fosse depuis 12 ou 13 ans.

Pas par hobby.

Parce que ça lui brûle les doigts.

Parce que la musique, il l’aime encore plus quand il la dessine.

Dans la vie réelle ?

Prof de culture artistique et d’infographie à la fac.

Les paysages en vacances ? Ça l’emmerde.

La fosse, non.

LES RELOUS CERTIFIÉS PAR JEAN-MICHEL

✅ Les branchés qui font la gueule
Garde rapprochée du Ministère du Style.
Ne bougent pas. Ne laissent rien passer.
Présence accrue : PJ Harvey, The Cure, Rock en Seine.
Espèce invasive.

✅ Le bourré en confession artistique
Il ne sait pas dessiner mais son neveu, lui, oh lala…
Il touche le bras, le carnet, l’âme.
Jean-Michel veut mourir.

✅ Le randonneur avachi
Sommeille au pied de la barrière…
Puis premier riff : résurrection spectaculaire.
Carnet projeté.
Danger niveau 4.

✅ Le photographe du croquis NON FINI
Avec flash.
En plein concert.
Il immortalise un menton pas relié à un visage.
Délinquant esthétique.

✅ Le marchand de tapis
« Je te l’achète 10 balles ou une bière. »
Il pense aider.
Il ne fait rien d’autre que parasiter.

✅ Le combo final : le pseudo-soutien envahissant
Il veut participer.
Jean-Michel voudrait juste travailler.

POURQUOI PARLER DE JEAN-MICHEL ?

Parce qu’il est un chroniqueur de bruit par le dessin.

Un témoin debout.

Un œil qui transforme le chaos en lignes claires.

Un guerrier doux.

Et parce que dans la vraie vie, les salles réelles, les fosses réelles… il y a des gens comme lui qui rendent la musique encore plus belle.

Jean-Michel, la fosse te voit.
Et elle t’embarque.

Et merci à Zelda ZM, œil affûté de la fosse, pour les photos. Sans elle, ce portrait n’aurait pas de lumière.

📸 Photos : Zelda ZM — instagram.com/zelda_zm_photos

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