MARILYN MANSON / ZÉNITH DE PARIS 2025 : RÉDEMPTION, BIÈRE DANS LE GILET ET FLYING V

J’ai pris mon slip en latex, mes désillusions, mes traumas, et je suis partie me percher en haut du Zénith pour voir Marilyn Manson. Salle comble. Choix stratégique de la hauteur pour ne pas être à ses pieds.

Manson, c’est ma madeleine de Proust. Mon acide noir. Le souvenir d’une jeunesse trop maquillée, trop fascinée par les monstres.

Mais c’est aussi un type lesté de casseroles, d’accusations, de zones grises qu’on ne peut pas balayer.

Je n’oublie rien.

Je voulais juste voir si la musique survivait à tout ça. Et j’ai un peu serré les miches en y allant, vu les dernières images que j’avais vues. Un Manson à bout de souffle, qui peinait à chanter et à se mouvoir. Sur la pente dite de « Axl Rose ». En ligne droite vers le gênant.

Et pourtant.

Sur cette tournée, le Zénith a vu ressusciter un homme.

Pas un gourou. Pas un freak. Un musicien.

Sobriété, précision, tension. Presque élégant.

En noir, sans fioritures, sans prêches. Il chante. Il joue. Il tient debout. Il est presque aimable.

Et ça suffit déjà à retourner la salle.

Le line-up

Une escouade de tueurs : ex-Fishbone, Rob Zombie, Alice Cooper, Code Orange.

Des pros. Pas un ego qui déborde.

Pas de solos. Pas de poses. Un bloc. Un mur.

La rythmique est chirurgicale, les guitares râpent comme du bitume, pas de synthé à ressort. Parfait… malgré la basse qu’on entend à peine (crime capital).

J’ose espérer que c’est parce que je suis en haut des tribunes de ce foutu Zénith, définitivement bassophobe même de face.

D’où je suis, loin, le show est sobre. Impeccable. Sec.

Scéno minimaliste pour du Manson. Efficace.

Un tunnel de bangers : The Dope Show, The Nobodies, Coma White, The Beautiful People, Sweet Dreams.

Pas de Bible cramée. Pas de bite à l’air.

Juste un son lourd, tendu, qui te colle au plexus.

Le Manson sulfureux a un peu disparu.

Reste la tension d’un mec qui a survécu à lui-même… et qui le sait.

Et il remplit le Zénith malgré tout.

Moment suspendu : il dédie The Nobodies « à lui, à nous ». Il constate aussi qu’il est un « drug addict », mais ne le revendique plus.

Et tu sens, dans tout le Zénith, une forme de compassion sale mais réelle.

Le monstre s’est remis droit.

Pas purifié. Juste un peu plus parmi les vivants.

Ça reste Manson, hein. C’est pas un concert de Coldplay. Faut pas déconner.

Pas d’écrans LED. Pas de « whooo-hooo » avec les bras en l’air. Pas de kiss cam et de smoothies à la spiruline.

Non.

Du cuir. Des échasses. Une casquette. La base.

Mais l’énergie n’est plus dans la provocation : elle est dans le contrôle.

Et c’est pire.

Parce qu’on a l’impression d’avoir le cul sur une poudrière et que ça peut partir en vrille à tout moment.

Alors on espère un peu quand même.

Et mon pote Hervé, à côté de moi, lâche finalement la phrase parfaite après une nuit de sommeil :

« Manson, c’est un mec qu’on devrait voir de jour. »

Il a raison.

Sans le folklore, sans les accessoires, il manque un peu de bordel sacré.

Mais il m’a quand même retourné le cerveau.

CHECKPOINT FOSSE

  • Renverser une bière à 11 € dès le premier riff dans mon gilet (et sentir la binouze jusqu’au dernier).
  • Transpirer des mollets (phénomène médical à documenter).
  • Se heurter à la vision d’une Flying V, scandale scénique de niveau 4.
  • On dirait qu’elle te nargue depuis le bord de scène : « regarde-moi, je suis aérodynamique et inutile ».
  • Ne pas bien entendre la basse, planquée dans le noir : crime contre la gravité sonore.
  • Entendre The Dope Show sans respirer.
  • Être expulsée du concert sur In the Air Tonight (Phil Collins : sortie ironique parfaite. Provocation mansonienne de type 3).
  • Constater qu’on est tous vieux. Même les darons métalleux.
  • Se dire : « Merde, il est toujours là. »

En rentrant, j’ai mal au dos. Les genoux grincent.

Je n’ai plus de voix.

Trop vieille pour ces conneries… sans doute.

Mais toujours là.

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