THE THE : MASTER CLASS EN MATTHÉOLOGIE AU BATACLAN
The The au Bataclan : il aura fallu attendre quatre décennies pour voir Matt Johnson sur scène à Paris. Une voix intacte, James Eller à la basse, Soul Mining et un Love Is Stronger Than Death qui, dans cette salle, ne pouvait évidemment pas être une chanson comme les autres.
Je l’écoute depuis qu’il avait des cheveux et moi pas de cellulite.
Hier soir, Matt Johnson m’a tout pris : l’âme, le cœur, la peau…
Vol qualifié, sans arme, avec basse. Et quelle basse !
James Eller, immense bassiste.
Bataclan. Salle martyre.
Je n’y avais pas mis les pieds depuis le drame.
Mais pour entendre Love Is Stronger Than Death, j’ai tendu le cou.
Il n’avait pas joué à Paris depuis 25 ans. Si j’ai bien compris.
En tout cas trop longtemps.
Dans les années 80/90 j’étais trop jeune, trop pauvre pour voir des concerts.
Après, j’ai raté le coche.
J’ai attendu quatre décennies pour voir The The.
Matt aurait pu arriver en claquettes, j’aurais dit merci.
Mais non : sobre, noir, tendu.
La classe de l’épure.
Et cette voix.
C’est une bénédiction.
Encore plus belle que sur disque. Je ne pensais pas que c’était possible.
Martienne.
Ça ne chante pas, ça traverse.
Chaque mot tombe pile.
Chaque souffle est une instruction pour ton système nerveux.
Il ne performe pas. Il incante.
Soul Mining ?
Il en a balancé 5. Ou 4 ou 6.
Je sais plus.
J’étais noyée dans un album qui fait partie de mes totems personnels depuis que le monde est monde.
Giant, avec tous les Yeah Yeah YEAH jusqu’à ce qu’on redémarre l’univers.
Uncertain Smile, qu’il présente comme sa première chanson d’amour.
Pas de Lauren, il nous a expliqué.
Juste un prénom sorti comme ça.
Mais quelle claque.
Et puis Love Is Stronger Than Death, offert aux victimes du Bataclan, avec la justesse de ceux qui savent se taire.
J’ai pleuré.
Le mec tatoué à côté de moi aussi.
Dans son tee-shirt Mass Hysteria, il a lâché un « je t’aime, mec » qui venait du fond des tripes.
Une fille derrière a crié :
« Putain c’est bon merde ! »
Et Matt, stoïque :
« Vous êtes fantastiques. Mais vieux. Et en sueur. Comme moi. »
Fin du game.
Il a demandé de ranger les téléphones.
Alors je n’ai pas pris beaucoup de photos.
Mais j’ai volé un bout de vidéo depuis mon sac.
Parce qu’une voix comme ça,
ça s’archive.
Checklist émotionnelle
- Larme à l’œil (assumée)
- En sueur au Bataclan (glorieusement). On se serait cru à Nice par temps frais
- J’ai 16 ans à nouveau (et 50 dans les genoux)
- Matt je t’aime (jusqu’au bout de ton crâne luisant)
- Trop vieille pour ces conneries (et pourtant, j’en redemande)
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