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LaFosseuse
LOU REED À LILLE, 1992 : LE GLACIAL, LE PRÉCIS, LE MAGNÉTIQUE
(ou comment Yves a compris qu’un ex-Velvet pouvait devenir suisse à la guitare)
Il y a 34 ans et des brouettes, un vendredi 14 février 1992.
Yves prend son billet, son manteau, et son calme légendaire, et va voir Lou Reed. Tout seul. Pour la deuxième fois au Palais des Congrès à Lille.
La première ? 1977. Une autre planète. Une autre époque. Un Lou encore cabossé, sauvage, borderline.
Mais en 1992 ?
Ce n’est plus le même animal.
Entre les deux dates, Yves a un peu boudé les années 80 de Lou. Réaction normale. On ne juge pas.
Mais là, Lou sort coup sur coup New York (excellent), puis Songs for Drella avec son frère ennemi John Cale (chef-d’œuvre absolu, sanctifié Andy Warhol forever).
Et comme si ça ne suffisait pas, le jour du concert, les États-Unis découvrent Magic and Loss, son album ténébreux, raide, exceptionnel.
Lou débarque à Lille, sans première partie, sans préchauffage.
Et Yves, qui a déjà vécu la version déglinguée de 1977, se prend une claque très différente :
Lou Reed chirurgical.
Lou Reed glacial.
Lou Reed pro, au cordeau, façon « je n’ai plus le temps pour vos conneries, écoutez le riff ».
À l’opposé total du Lou d’antan : celui qui flottait dans ses propres compositions, celui qui était un peu de travers, un peu cassé, un peu génial malgré lui.
Là, non.
Là, c’est du travail d’orfèvre.
Le son est parfait. Trop parfait, même, et assez pour que Yves note : presque trop froid.
Tu sais que quelqu’un a beaucoup vécu quand il dit qu’un Lou Reed est « trop propre ».
Le concert se fait en deux actes : d’abord Magic and Loss en mode cathédrale funèbre, puis des morceaux de New York et Drella, parfaitement enchâssés.
Et détail qui tue (et qu’on ne voit plus nulle part aujourd’hui) : programme gratuit avec les paroles traduites.
En 1992, Lou Reed t’offrait le sous-titre. C’était un autre monde.
Le seul regret d’Yves ?
Ne pas être retourné le voir à l’Aéronef, pour trois fois rien, lors de sa dernière tournée.
Un mystère qui le hante encore.
Et qui hanterait n’importe lequel d’entre nous. On a tous un concert qu’on n’a pas vu et qu’on paie encore en culpabilité.
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