P.I.L. : STADIUM, 22 DÉCEMBRE 1978

(Suite des archives post-punk de Yves, ou le jour où John Lydon a tourné le dos à la France, et la France l’a mérité)

Ce soir-là, Paris attend P.I.L. comme si c’était la deuxième venue du Messie.

Sauf qu’à la place d’un prophète des Sex Pistols, on a un type vénère, épuisé, brillant, traumatisé.

Et surtout allergique aux cons qui gueulent « Anarchyyyyy » à chaque mouvement de sourcil.

Yves, lui, arrive avec son adolescence et son innocence audiophile de futur cold-waver :

« S’il vous plaît, monsieur Lydon, jouez-nous l’avenir ? »

Spoiler :

Lydon a joué l’avenir.

Mais il l’a joué dos au public.

LE MOMENT CLÉ : LYDON, MONOLITHE RETOURNÉ

À un moment du set — Yves ne sait plus quand, normal, c’était il y a 47 ans — John Lydon en a eu marre.

Mais MARRE.

Marre des cons qui lui hurlent les Sex Pistols alors qu’il est au milieu de son œuvre post-traumatique, déstructurée et dub-lente.

Alors il se retourne.

Littéralement.

Il met son dos à la France entière.

Punk. Pur. Parfait.

Un geste d’art contemporain avant l’heure.

Un doigt d’honneur métaphysique.

Un happening involontaire.

Tu peux pas faire plus Lydon 1978 que ça.

JAH WOBBLE, QUANT À LUI

Assis.

Impassible.

Comme si on l’avait monté en veille prolongée.

Le mec pose des lignes de basse dissociées avant que le mot existe.

Il joue en position yoga du trauma.

Il est déjà dans une autre dimension.

Celle où l’on répète intérieurement :

« Je suis trop payé pour ça. »

(Et encore, même pas.)

LA BATAILLE FINALE : LES BADGES

Fin du set.

Lydon, magnanime dans son mépris supérieur, lance des badges dans la foule.

Yves en attrape un.

Parce qu’évidemment que c’est Yves.

On dirait un personnage de Tardi qui survit à tout :

les chopes de bière,
les pogos en verre brisé,
les creepers volées,
les skins en quête de pointures.

Mais quelques mois plus tard :

le badge est volé dans le métro parisien.

Détail parfait.

Juste assez triste pour être drôle.

Juste assez drôle pour être tragique.

CERISE SUR LE POGO : LOU’S EN INTRO

Et alors là.

PAF.

Twist de luxe : Lou’s en ouverture.

Combo féminin culte que plus personne n’a vu venir.

Pas annoncé.

Pas prévu.

Pas promu.

C’est le genre de cadeau cosmique que les algorithmes n’offriront plus jamais à personne.

Lou’s / P.I.L. / Lydon vénère / Wobble en posture transcendantale / badge perdu.

C’est du cinéma.

Pas un simple concert.

C’était la fosse post-punk.

Plus qu’un chaos.

Une philosophie de vie.

PS

Comme toujours, c’est le billet de Yves qui est religieusement conservé dans un album photo et qu’il m’a prêté pour cette chronique.

Merci encore à lui.

Prochaine archive : 8 janvier.

Marquis de Sade, Edith Nylon et Casino Music, en 1980.

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