JANE’S ADDICTION – DERNIER CONCERT AVANT FERMETURE
Un an après l’incident de Boston, le communiqué est tombé aujourd’hui.
Froid. Propre. Définitif.
Jane’s Addiction s’arrête.
Le groupe reconnaît une décision prise sans Perry Farrell. Reconnaît aussi, noir sur blanc, que des propos inexacts ont circulé sur sa santé mentale (je vous le mets en photo).
Traduction simple : ça a merdé humainement, et on ferme avant que l’histoire ne se transforme en sale légende.
Rideau.
Et c’est précisément à ce moment-là que l’archive devient nécessaire.
JANE’S ADDICTION, OLYMPIA, PARIS, 26 JUIN 2024
Ce soir-là, j’étais heureuse. Vraiment.
Heureuse de voir Jane’s Addiction avec son line-up d’origine.
Perry Farrell, Dave Navarro, Eric Avery, Stephen Perkins.
Pas une relecture, pas un hommage, pas une version « prestige ».
Le vrai groupe.
Celui qui a tout foutu en l’air au début des années 90 en mélangeant art rock, funk, punk, psychédélisme, corps, désir, chaos et intelligence.
Jane’s Addiction, ce n’est pas un groupe de rock.
C’est une anomalie.
Un équilibre instable entre la transe et la maîtrise.
Un truc qui ne tient que si chacun accepte de ne pas prendre toute la place.
LE CONCERT
Musicalement, le concert est magnifique.
Large. Puissant. Impeccable.
Avery et Perkins forment un bloc humain et musical absolument imparable.
Deux machines sensibles.
Le socle. La colonne vertébrale.
Rien ne bouge, tout respire.
La musique tient debout grâce à eux.
Et pourtant.
CE QUE J’AI VU
J’ai vu Dave Navarro.
La rock star caricaturale.
Torse nu, sourires appuyés, regards vers sa compagne top model (bien trop jeune pour un type de son âge) en bord de scène.
Tous les photographes braqués sur lui.
Il joue très bien, mais il joue au-dessus.
Au-dessus du groupe, au-dessus des morceaux.
Il occupe l’espace, la lumière, l’air.
Jane’s Addiction devient le décor de son film personnel.
J’ai vu Perry Farrell.
Physiquement transparent.
Fatigué. Picolant pendant le concert.
Et pourtant immense.
Présent. Juste. Habité.
Un très grand concert de chanteur.
Un mec qui tient à l’énergie, à l’adrénaline, à la faille.
Mais objectivement très fragile.
LE MOMENT
Et puis il y a ce moment.
Le final. Magistral.
Tout le groupe aux tambours.
La salle euphorique, collective, en transe.
Perry revient avec une tasse de thé (si).
Et au lieu de prolonger l’élan, il raconte la mort de sa mère.
Il pleure.
Brutalement.
Sans filtre. Sans cadre.
Malaise.
Pas parce que c’est indécent de pleurer.
Mais parce que le cadre explose.
Dans ce flottement gêné, Eric Avery s’avance (il me semble que c’est lui) et le prend dans ses bras.
Geste simple.
Humain.
Évident.
Et là, tout est clair.
Un groupe où l’un déborde, l’autre soutient, le troisième pose, et le quatrième tient le set, ce n’est plus un groupe.
C’est une cohabitation sous tension.
Musicalement sublime.
Humainement fissurée.
APRÈS
Alors Boston, en septembre 2024, n’a pas été une surprise.
Le poing, le communiqué, la fin officielle n’ont fait que confirmer ce que la scène de l’Olympia racontait déjà.
Ce soir-là, Jane’s Addiction était magnifique.
Et déjà en train de se terminer.
Et c’est un peu triste quand même.
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