BEAUREGARD 2026 : QUI A MIS ÇA AVEC ÇA ?

(ou comment un programmateur a secoué un sac d’artistes, tiré au hasard et monté une programmation pour nous obliger à venir souffrir tous les jours — j’explique à la fin et ce n’est pas joli-joli)

Beauregard, assis.

Faut qu’on parle.

Calmement.

Avec un ton posé qui annonce la catastrophe.

Une seule question :

QUI A MIS ÇA AVEC ÇA ?

Parce que vous aviez de quoi faire une journée légendaire.

Pixies, Pulp, The Hives, Shame, Slift.

Le genre de journée où on se déshydrate par respect.

Mais non.

Vous avez construit un Rubik’s Cube de publics incompatibles, secoué dans un Tupperware.

Pourtant l’année dernière vous m’aviez régalée avec King Hannah, Wet Leg, Amyl and the Sniffers, Fontaines DC.

Tous ensemble.

Tu es un festival que j’adore, en plus.

Parce que Beauregard, à la base, c’est un festival doux, beau, bienveillant, avec ce décor de carte postale, cette ambiance intergénérationnelle qui fonctionne quand elle est naturelle, pas quand elle est greffée au chausse-pied par un comité PowerPoint sous café froid.

Mais là…

tu dérailles.

Et je détaille.

1er JUILLET : AYA NAKAMURA, MACKLEMORE, BOB SINCLAR

Cohérent, oui.

Pas pour moi, mais cohérent.

Les gens danseront.

Très bien.

Moi j’irai marcher dans les bois.

Tu fais ton job.

Tu rends les gens heureux.

Tant mieux.

Je viens pas. Par. Fait.

2 JUILLET : ORELSAN, PULP, CASSIUS

Pardon mais…

Faire monter Orelsan avant Pulp, c’est téléporter Jarvis Cocker dans un centre commercial un samedi après-midi.

Jarvis va regarder la foule comme un prof d’anglais largué au Flunch.

Et ensuite Cassius.

Introspection, élégance anglaise, électro clubbing.

Un enchaînement digne d’une soirée Airbnb.

Criminel.

3 JUILLET : THE HIVES, FEU! CHATTERTON

Non.

Juste non.

The Hives, c’est l’électricité pure.

Feu! Chatterton, c’est une tisane et un plaid.

Qui a mis l’eau avec le feu ?

C’est interdit par le Code des Éléments.

Et derrière :

Mosimann puis Slift.

Clubbing Ibiza suivi de psyché-métal cosmique.

L’équivalent d’offrir un Monster Energy à un moine tibétain.

4 JUILLET : SHAME, CHARLOTTE CARDIN

Le mariage arrangé que même les deux familles refusent.

Shame t’arrache le sternum avec du post-punk en slip.

Charlotte Cardin, c’est latte vanille, sandales en lin et rupture Spotify.

Qui a cru que ces publics allaient cohabiter ?

Et ensuite :

Dropkick Murphys avant Agnes Obel.

Guinness suivie d’une harpe minimaliste.

C’est un attentat esthétique.

Puis Franz Ferdinand placés avant un set de Vald et Vladimir Cauchemar.

Une rave dans un solo de guitare.

Le grand écart du bon sens.

5 JUILLET : PIXIES, ARMIN VAN BUUREN

Là, on passe en cour martiale.

Pixies, fondation du rock moderne.

Armin Van Buuren, soirée mousse sous Red Bull.

Quelqu’un a dit :

« Ça va bien ensemble. »

Non.

C’est un crime de guerre sonore.

Et derrière :

Vanessa Paradis, Kevin Morby, Gaël Faye.

On dirait le brunch d’un comité de quartier qui a pioché des artistes dans une médiathèque, un club électro, un lycée et un open mic citoyen sans lire les étiquettes.

CONCLUSION

Beauregard 2026 ne manque pas de talents.

Pulp, The Hives, Slift, Shame, Pixies…

Tout tenait dans une seule journée.

Une vraie.

Une journée où la fosse vit et transpire.

Là, tout est éparpillé, dilué, écrasé entre deux murs de flan.

EXPLICATION

Et pour ceux qui se demandent :

oui, tout ça est voulu.

Beauregard n’est pas devenu fou.

Il a juste changé de stratégie.

On n’est plus dans la dramaturgie d’un festival où les publics se croisent.

On est dans la segmentation pure et dure, celle qui se vend bien en réunion avec les sponsors.

La logique est simple comme un PowerPoint de junior marketing :

Tu mets un groupe classe par jour pour faire venir les « publics matures à fort pouvoir d’achat » 🖕

(nous, donc. Les pigeons premium).

Ensuite tu saupoudres trois noms indé un peu pointus pour dire :

« Regardez, on connaît la différence entre Pitchfork et la tête de gondole Cultura. »

Et autour, tu jettes de la bouillie grand public en libre-service pour garantir l’affluence, les parkings pleins, les stands de hot-dogs heureux.

C’est malin pour la billetterie.

C’est triste pour la fosse.

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