IT IT ANITA – COMPIÈGNE A PRIS UNE CLAQUE LIÉGEOISE

Compiègne. Samedi soir. Novembre.

Normalement, tu fais des bulles sous un plaid.

Mais pas cette fois. IT IT ANITA est dans MA ville, à dix minutes du Monoprix.

Je considère ça comme un signe divin.

PRÉLUDE DE LA CLAQUETTE PRÉSAGE

Déjà, le plateau.

Trois groupes avant eux : Sex Shop Mushrooms, //LESS, Big Death Amego.

J’arrive pile au moment où je croise :

  • une claquette de piscine orpheline devant le praticable de batterie
  • deux parpaings pour bloquer la grosse caisse

À ce stade, tu le sais.

Le chaos arrive. Il est même déjà bien en place.

Les dieux du larsen rigolent en coulisse.

LE MUR BELGE ARRIVE ET IL FAIT UNE LIGNE DROITE

IT IT ANITA. Leur configuration est cheloue.

Ils jouent de profil, serrés comme s’ils partageaient un seul cerveau.

Les amplis encerclent la scène comme une prise de position militaire. Les retours plantés devant comme des menhirs.

Et derrière :

Un batteur incroyable. Moustache de flic seventies, mollets taillés à la hache et frappe de type réveiller les morts.

Il joue comme s’il essayait d’engueuler un tremblement de terre.

Au milieu : basse, guitare, chant.

Lumineux. Possédés. Souriants.

C’est ça, IT IT ANITA : du noise solaire.

L’inverse exact du cliché misanthrope qui colle au genre. L’inverse de « j’ai la tête qui dit que tout est grave ».

Ensemble, c’est ciselé.

Travail d’orfèvre.

Noise pensé pour le physique, mais avec un cerveau derrière.

Tu sens Agnello.
Tu sens Liège.
Tu sens l’histoire.

Et tu sens ton tympan gauche demander une pension d’invalidité.

IT IT ANITA, c’est de la générosité violente, du bruit propre, une énergie qui déborde sans jamais déborder mal.

Ils t’attrapent, te plaquent contre un mur invisible, te secouent et te reposent là où tu peux respirer.

Grande claque. Grande tendresse. Grande Belgique.

LE PUBLIC : PETIT NOMBRE, TRÈS GRAND CŒUR

La fosse ? Tu pouvais refaire tes lacets debout.

C’est pas normal.

Mais ceux présents étaient vrais, chauds, gentils.

MOMENT CULTE : LE SLAM QUI VEUT PARTICIPER

Un mec. Deux potes.

Ils le portent… mais en rond.

Pas assez de bras pour une diagonale. La salle n’est pas assez remplie.

Une rotation digne d’un rond-point.

Un manège humain.

Le premier slam qui dit :

« Mec, on n’ira peut-être pas loin, mais on t’abandonne pas. »

J’ai ri. J’ai adoré.

La fosse dans son meilleur rôle : sincère, dépareillée, volontaire.

On va être honnêtes : Compiègne a raté un truc immense.

IT IT ANITA, ce n’est pas :

  • un groupe indé régional
  • un petit nom cool en tournée
  • de la niche pour hipsters en Doc Martens

IT IT ANITA, c’est :

  • un des meilleurs lives noise / post-hardcore d’Europe
  • un groupe produit par John Agnello (Sonic Youth, Dinosaur Jr)
  • un trio qui joue comme un sextet
  • des tournées avec METZ
  • une intensité qui remplit des salles

Ailleurs :

  • Paris : 35–40 € la place
  • Bruxelles : sold-out
  • Liège : la rue bloquée

Ce qu’on a vu hier ?

Je ne suis pas sûre qu’on le reverra ici avant des années.

CHECKPOINT FOSSE

  • Claquette de piscine : signe annonciateur du chaos
  • Precision Bass à 10 cm du sternum. Ampeg taille frigo américain. Orgasme.
  • Tympan gauche en orbite basse
  • Slam triste (à archiver dans la sociologie locale)
  • Noise lumineuse
  • un batteur qui frappe comme s’il voulait recalibrer la planète
  • Trop vieille pour ces conneries mais j’y retourne à Troyes pour le festival Nos Rêves Font du Bruit

MYSTÈRE : LA CLAQUETTE FANTÔME

Elle était là avant.

Elle a survécu à trois groupes.

Elle a défié les lois du plateau.

Elle a tenu tête à IT IT ANITA.

Et elle a disparu avant le premier riff.

Personne ne l’a ramassée.

Personne ne l’a réclamée.

Personne ne sait d’où elle venait.

Totem du chaos. Vestige sacré. Légende locale.

Le bruit, la sueur, les Belges, la P-Bass…

et une claquette fantôme.

Résumé parfait d’une soirée IT IT ANITA.

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