CABARET VERT : SPARKS VS NICK CAVE, DEUX CLAQUES DANS LA GUEULE, DEUX AMBIANCES EN FINAL

Sparks et Nick Cave and The Bad Seeds au Cabaret Vert 2026

Cabaret Vert 2026 : Sparks et Nick Cave pour finir, avant de déclarer officiellement la mort de Razorback

Il y a des problèmes de riche en festival.

Celui d’hier soir était particulièrement agaçant au Cabaret Vert : Sparks terminait son set à Razorback au moment où Nick Cave and The Bad Seeds commençait le sien sur la scène principale.

Ça devrait être interdit !

Impossible de voir la fin de l’un sans rater le début de l’autre.

J’ai donc fait un choix parfaitement scientifique : Sparks devant, Nick Cave dans les écrans.

Ce qui explique accessoirement pourquoi j’ai des photos de Ron Mael à trois mètres et de Nick Cave grand comme un immeuble sur écran géant. Ce n’est pas un parti pris esthétique. C’est le running order.

SPARKS

Je savais évidemment qui étaient les frères Mael. Mais je n’étais pas venue en pèlerinage. Et je n’étais surtout pas préparée à ça.

Russell Mael, 77 ans, débarque en costume rose et entreprend immédiatement de se comporter comme si son acte de naissance avait été falsifié. Il chante, bouge, occupe la scène, joue avec le public avec une énergie qui serait déjà agaçante chez quelqu’un de trente ans de moins.

Derrière son clavier, son frère Ron, 81 ans, tunique bleu nuit, lunettes rondes et immobilité hiératique, ressemble pendant ce temps à un vieux maître taoïste légèrement contrarié par l’agitation générale.

Et tout le génie visuel de Sparks tient déjà là : devant, Russell virevolte. Derrière, Ron regarde le monde comme s’il avait depuis longtemps compris quelque chose que nous ignorons.

Jusqu’au moment où Ron se lève.

Et danse.

À 81 ans.

Avec un immense sourire.

Et là, tout le monde devient complètement con.

Mais surtout : derrière les deux frères, ça joue sa mère.

Un guitariste totalement allumé, qui semble vivre son propre show à l’arrière. Il se déhanche. Fait le con. On dirait qu’il traduit les morceaux en langue des signes. Mais pour les gens légèrement azimutés.

Un bassiste en Rickenbacker absolument imperturbable, qui pourrait donner l’impression d’attendre tranquillement son tour à la Poste si son groove n’était pas en train de déplacer plusieurs organes internes.

Une section rythmique monstrueuse.

Une précision indécente.

On pourrait écrire : « À leur âge, ils ont encore une énergie incroyable ».

Ce serait flan.

Voire insultant.

Sparks est incroyable. Point.

Et c’est seulement quand quelqu’un te rappelle qu’ils ont 77 et 81 ans que tu réponds :

PARDON ?

Puis il faut partir.

NICK CAVE, LA MESSE EN PLEIN AIR

Parce qu’à l’autre bout du festival, Nick Cave a commencé la messe.

Et là, sans transition, on change d’univers.

On vient de finir de chanter des conneries en chœur. Et d’un coup, on débarque dans une ambiance funéraire.

Sur scène, ils sont environ huit cents. Je n’ai évidemment pas compté. Mais il y a les Bad Seeds, des choristes, des claviers, des percussions, des instruments partout et Warren Ellis, sa barbe de druide suffisamment importante pour qu’on puisse raisonnablement supposer qu’il accorde l’univers dans sa tête avant chaque morceau.

Il joue assis.

Le corps ne bouge plus beaucoup. L’univers intérieur, en revanche, semble toujours présenter de graves anomalies.

Et au milieu de cette cathédrale : Nick Cave.

Lui ne fait pas un concert.

Il officie.

Il descend vers le public, se penche, tend les mains. Des centaines de bras montent vers lui. Les gens connaissent les mots, attendent les gestes, répondent, hurlent, se taisent ensemble.

Vu de loin, soyons clairs : ça ressemble légèrement à une secte.

Sauf que le gourou ne promet pas le bonheur.

Nick Cave parle de la douleur, de la perte, de la mort, de l’amour, de Dieu, de ce qui reste quand quelque chose ou quelqu’un a disparu. Il ne rend pas la souffrance jolie. Il ne prétend pas qu’elle va partir.

Il la rend supportable.

Et tu as quand même envie de chialer.

Voilà.

Deux salles. Deux ambiances. Sans transition.

Sparks te rappelle que la joie, l’absurde et un vieux monsieur de 81 ans qui fait une petite danse peuvent rendre l’existence formidable.

Nick Cave te rappelle que la douleur peut elle aussi devenir supportable lorsqu’on la partage.

Tu sors de l’un avec envie de danser.

Tu regardes l’autre avec envie de pleurer.

Sauf qu’entre les deux, il faut réussir le grand saut. Et moi, je n’ai pas complètement réussi.

J’avais encore Sparks qui sautillait dans ma tête quand je suis arrivée devant Nick Cave. Il fallait passer sans transition de l’absurde et de la joie à la douleur, au deuil, à la communion.

J’ai eu du mal à accorder mes propres violons internes.

Et puis soyons honnêtes : Nick Cave, c’est deux heures trente. Moi, j’avais déjà deux jours de festival dans les pattes, des courbatures partout et un pied qui avait officiellement démissionné la veille.

Et accessoirement, je suis trop vieille pour ces conneries.

J’ai donc quitté la messe avant la fin.

Voilà. Je l’avoue.

FIN DU FESTIVAL POUR MOI AVEC AVIS DE DÉCÈS DE RAZORBACK

Je devais encore rester au Cabaret Vert samedi.

Finalement, je me casse.

J’ai regardé le programme : il n’y a rien aujourd’hui qui me donne suffisamment envie pour remettre mon corps dans la machine.

Alors je préfère rester là-dessus.

Deux jours. Deux pieds en moins. Des courbatures. Turnstile, Deftones, Sparks, Nick Cave et suffisamment d’images dans la tête pour plusieurs jours.

Il faut aussi savoir quitter la fosse quand on a eu ce qu’on était venu chercher.

Et surtout quand un grand festival a décidé de transformer sa scène emblématique des musiques alternatives du samedi en foire au boudin.

Je cautionne pas.

Je décolère pas.

Je veux pas voir ça.

Voilà.

Razorback est mort.

Vive Razorback !

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