LES PAUSES
En festival, s’asseoir est facile. Se relever est une autre discipline
(Série de prévention estivale à destination des gens qui pensent qu’il suffit de « s’asseoir deux minutes »)
Un festival c’est jamais moins de 20 000 pas et 12 km. En 9h minimum. Donc c’est physique. Et le repos arrive très vite comme une nécessité biologique. Mais y’a des techniques.
DIAGNOSTIC
Les chercheurs distinguent plusieurs comportements.
Le phoque
Il s’échoue dès qu’il voit trois mètres carrés d’herbe. Ne se relève qu’en cas de nécessité ou d’urgence biologique.
Le cartographe du talus
Il ne cherche plus l’ombre. Il cherche la pente idéale pour le futur relevage.
Le debout héroïque
Il refuse de s’asseoir. À 22 h, il marche comme un Playmobil. Il se dit si jamais je m’assois jamais je me relève. Il dort debout. Comme les chevaux.
Le glisseur stratégique
Le long de la crash bar, d’un poteau, d’une bâche ou de n’importe quelle structure porteuse. Le corps descend d’un bloc. Seul le dos coulisse. Technique spectaculaire mais parfaitement maîtrisée après 17h.
Le tailleur de fosse
Très digne à la descente. Beaucoup moins au relevage, qui nécessite généralement un pote, une barrière ou le froc d’un inconnu.
Le carpiste de chaise pliante
Là , sérieusement, on passe un cap que je refuse de commenter. Exception évidente faite des personnes en situation de handicap.
Le dormeur
S’allonge n’importe où. Ferme les yeux. Dors. Le monde peut collapser sous growl et disto a 10. Il dort.
Le mec au repos opportuniste
Il ne s’allonge jamais. Mais toute surface devient potentiellement une chaise : barrière, plot, marche, bordure, palette, morceau de béton, flight-case abandonné. Il possède une capacité remarquable à identifier à cinquante mètres toute structure située entre 42 et 57 centimètres du sol.
Le dormeur de l’extrême
Il ne cherche pas un endroit agréable. Il cherche de l’ombre. En Belgique, un spécimen a été observé profondément endormi le long d’une bâche, à la sortie immédiate des toilettes. Passage permanent. Environnement olfactif incertain. Le sujet avait trouvé de l’ombre. Pour lui, le dossier était donc clos.
LES PHÉNOMÈNES OBSERVÉS
Le festivalier qui dort vingt minutes et se réveille persuadé qu’on est dimanche.
Les jambes qui refusent de redémarrer.
Les chaussures qu’on regarde avec méfiance avant de les remettre.
Le pote qui dit : « On y va ? » Et auquel personne ne répond pendant trente secondes.
Le festivalier qui s’assoit en disant « juste pendant le changement de plateau » et découvre soudain que le groupe suivant joue déjà son troisième morceau.
Le bruit collectif produit par quatre adultes de plus de quarante ans lorsqu’on leur annonce qu’il faut se relever.
La personne assise qui voit passer ses amis vers une autre scène et leur fait simplement signe de continuer sans elle. La séparation est actée.
Le groupe entier assis par terre qui regarde passer les gens debout avec l’incompréhension sincère de ceux qui observent une espèce biologiquement supérieure.
À FAIRE
repérer les zones d’ombre
choisir un terrain compatible avec un futur relevage
boire avant de s’échouer
accepter la micro-sieste
prévoir que le redémarrage prendra plus longtemps que prévu
profiter de chaque occasion de s’asseoir. Même cinq minutes. Le repos se capitalise.
CONNERIES À ÉVITER
s’allonger en terrain parfaitement plat. Vous allez devoir inventer une nouvelle articulation.
choisir un lit de cailloux. Le dos n’oublie jamais.
s’allonger dans la pisse. Toute zone à l’ombre miraculeusement libre alors que 60 000 personnes cherchent de l’ombre doit immédiatement être considérée comme une scène de crime.
croire qu’on va se relever élégamment. Non.
AUTRES CONNERIES À ÉVITER
tenter un relevage direct depuis la position allongée. Les chercheurs déconseillent.
s’endormir au soleil. Pas besoin de détails.
s’allonger près de chiottes. Pas besoin de détails non plus.
utiliser son propre short comme point d’appui pour se relever. On l’a déjà vu. Ça ne marche pas. Le short monte. Toi, non. C’est généralement le signe qu’il faut boire de l’eau.
penser qu’on va rester propre. À partir du moment où tu as accepté de t’allonger sur un carré d’herbe entre deux scènes, ton short a signé un avis de décès.
LE RELEVAGE
Après plusieurs décennies d’observation, la méthode homologuée est la suivante :
roulage sur le ventre
passage à quatre pattes
position réglementaire dite « cul en l’air »
bruit de tractopelle
extension progressive des genoux
appui sur les cuisses avec les deux mains
petit « hop là » totalement involontaire
immobilité de sécurité
vérifier que tout fonctionne encore
reprendre sa marche avec une dignité intacte
LE VÉTÉRAN
Le vétéran ne choisit plus son lieu de repos pour la vue. il choisit le seul endroit où il pourra se relever sans assistance médicale. Il se pose dès que possible.
QUESTION SCIENTIFIQUE
Pourquoi existe-t-il toujours un spot parfait exactement cinquante mètres après l’endroit où tu t’es laissé tomber ?
Les chercheurs pensent qu’il est déjà trop tard. L’enquête se poursuit.
CONCLUSION
À vingt ans, on cherche la meilleure fosse.
À cinquante ans, on cherche le meilleur angle de relevage.
Et contre toute attente… ça n’empêche absolument pas de finir crash-bar devant Primus.
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