BREAKING FOSSE #9 – GARY NUMAN – LOKERSE FEESTEN 2026<
(Ou comment un type qui a inventé une partie du futur continue de mettre des tartes quarante-cinq ans plus tard.)
Je vais être honnête.
Si je suis venue en Belgique, aux Lokerse Feesten, c’était d’abord pour lui.
Les autres groupes étaient une excellente raison de rester.
Gary Numan était le déclencheur.
Et pourtant…
Gary Numan est probablement l’un des artistes les plus mal résumés de l’histoire.
Pour beaucoup de gens, c’est Cars.
Éventuellement Are « Friends » Electric?
Puis plus rien.
Quelle injustice.
Parce que Gary Numan n’a pas seulement écrit deux tubes.
Il a changé une partie de la musique.
Le mec qui a fait entrer les synthés dans le rock
À la fin des années 70, le rock regarde encore les synthétiseurs avec une certaine méfiance.
Les machines sont souvent considérées comme des gadgets.
Puis débarque Gary Numan.
En quelques mois, Are « Friends » Electric? puis Cars démontrent qu’une musique construite autour des synthétiseurs peut être froide, sombre, populaire… et finir numéro un.
Le choc est immense.
Toute une génération regarde soudain ces drôles de claviers autrement.
- The Human League
- Depeche Mode
- Nine Inch Nails
- Ministry
- Marilyn Manson
- Fear Factory
Et des dizaines d’autres.
Je ne parle même pas de Trent Reznor, qui revendique clairement son héritage.
Tous reconnaissent, à un degré ou à un autre, l’influence du bonhomme.
Le futur n’a toujours pas pris une ride
Mais sur scène, ce qui m’impressionne le plus chez Gary Numan, ce n’est pas son passé.
C’est son présent.
Il refuse obstinément de devenir son propre musée.
Son concert ne ressemble jamais à une tournée nostalgique.
Il continue à faire évoluer son univers.
Le son est énorme.
Massif.
Industriel.
Les morceaux récents côtoient naturellement les classiques.
C’est beau.
C’est carré.
Ça envoie.
Ça te met mal à l’aise… tout en t’envoyant en l’air.
Et tout paraît incroyablement cohérent.
Comme si l’homme poursuivait tranquillement une conversation commencée en 1979.
Dossier : la secte industrielle
En revanche…
Il faut qu’on parle du line-up.
Parce que là…
J’ai quelques questions.
Autour de Gary évoluent trois musiciens au crâne rasé.
Tous vêtus de longues robes noires.
Tous avec cette tête de gens qui savent exactement comment invoquer une entité démoniaque dans un hangar désaffecté.
Ils ondulent comme des lianes.
Ils marmonnent des trucs.
Ils sont profondément malaisants.
Je vous promets qu’à plusieurs reprises, j’ai eu l’impression d’assister à une réunion de direction d’une secte cybernétique.
Le guitariste.
Le bassiste.
Le clavier.
Même uniforme.
Même intensité.
Même regard.
Et à côté d’eux…
Le batteur.
Normal.
Tête d’ours de métal indus, édition Classic.
Cheveux.
Concentré.
Le seul membre du groupe qui semblait avoir conservé un abonnement à la civilisation.
Pourquoi ?
Aucune idée.
Mais ça m’a énormément fait rire.
Gary met encore des claques
Et puis il y a Gary.
Soixante-huit ans.
Une élégance folle.
Une silhouette immédiatement reconnaissable.
Une façon de bouger presque chorégraphiée.
Il ne court pas partout.
Il n’en fait jamais trop.
Il habite simplement ses chansons.
Et ça suffit largement.
J’ai toujours trouvé qu’il y avait quelque chose de très particulier chez lui.
Il ne joue pas les morceaux.
Il les traverse.
Comme si toute cette noirceur, ces machines, ces lumières et cette puissance faisaient désormais partie de son langage naturel.
Le gars évolue comme un chat dans une usine de métallurgie.
C’est incroyable.
Pas besoin de nostalgie
Je suis venue en Belgique pour Gary Numan.
Je suis repartie avec :
- un concert monumental ;
- trois moines industriels ;
- un batteur qui n’avait rien demandé ;
- et la confirmation que certaines légendes continuent d’écrire leur histoire au lieu de simplement la rejouer.
Franchement…
Je traverserais volontiers une frontière pour revoir ça.
Cependant, je tiens à signaler que le programmateur des Lokerse Feesten a manifestement perdu toute notion de décence.
Mettre Cabaret Voltaire en face de Gary Numan, c’est comme organiser un repas de famille et demander à quelqu’un de choisir entre le fromage et le dessert.
Ce n’est pas un choix.
C’est une humiliation.
J’ai choisi Gary.
Mais je demande malgré tout des dommages et intérêts.
Partager


