LA JUNGLE À BEAUVAIS : DEUX BATTERIES, UNE CHAPELLE ET AUCUNE ANGINE DE POITRINE

LA JUNGLE BEAUVAIS 2026

Je vais parler de La Jungle sans citer Angine de Poitrine.

Voilà.

C’est fait.

Maintenant qu’on a éliminé 80 % des commentaires Facebook possibles, on peut passer au sujet.

Hier soir, La Jungle était invité par Festival Bellovaques et l’ASCA Beauvais dans une ancienne chapelle désaffectée transformée en salle de concert.

Et c’était classe.

Et physique sa grand-mère.

Avant même le premier morceau, un membre de l’organisation a traversé la salle pour hurler :

« Prenez des protections auditives. Je plaisante pas ! »

Quand un organisateur prend le temps de prévenir les gens avant un concert, c’est généralement qu’il sait des choses.

Pour une fois, j’ai donc abandonné ma technologie habituelle à base de papier toilette roulé en boule pour utiliser de vraies protections auditives.

Je tiens à signaler cet événement historique.

Pour situer, La Jungle vient de Mons, en Belgique.

Sur le papier, on vous expliquera que ça mélange krautrock, noise, répétition hypnotique et autres mots que les journalistes utilisent quand ils commencent eux-mêmes à être perdus.

En vrai, imaginez une boucle qui refuse de mourir, une guitare ou une basse qui tourne comme un moteur lancé à pleine vitesse et deux batteries qui décident de vous poursuivre pendant une heure.

Avec un chanteur halluciné qui utilise sa voix comme des effets.

Ça ressemble parfois à de la techno jouée par un groupe de hardcore, parfois à une cérémonie païenne sous champi, parfois à du jazz sous speed, parfois à une machine industrielle qui aurait développé une conscience.

La Jungle ne cherche pas à être aimable.

Il ne cherche pas à être accessible.

Il cherche à vous déplacer.

Ils font du noise.

Et curieusement, ça groove.

Sur le papier, rien ne devrait groover là-dedans.

Et pourtant.

Ce truc groove.

Une pulsation bizarre te chope par les chevilles et finit dans ton cerveau.

Tu ne décides pas de bouger.

Tu constates simplement que ton corps a pris une initiative sans te consulter.

Pendant ce temps-là, la fosse entière danse.

Pas pogote.

Pas saute.

Danse.

Comme dans une cérémonie chamanique organisée par trois Belges sous surveillance médicale.

Au début, j’avais pensé que le deuxième batteur servait à faire plus de bruit.

Erreur.

Quand tu es collé à la scène, tu prends le mur du son dans la gueule.

Quand tu recules, tu comprends enfin le projet.

Les deux batteries se répondent, se poursuivent, s’enroulent l’une autour de l’autre.

À certains moments, ça ressemble presque à une stéréo humaine.

Pour la première fois, j’ai compris pourquoi ils avaient ajouté un deuxième batteur.

Pas pour faire plus de bruit.

Pour rendre le truc encore plus étrange.

Je suis arrivée pour voir un groupe noise belge.

Je suis repartie après avoir assisté à une cérémonie collective dans une ancienne chapelle avec deux batteries, une guitare, un mur d’amplis et des personnes parfaitement consentantes.

Les cinq premières belles photos sont de Rodolphe Engrand ❤️.

Merci pour cette gentille proposition de collaboration !

Les autres, prises au ras des cymbales avec ma tête installée directement sur les subs contre toute recommandation médicale, ou dans ma salle, sont les miennes.

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