DURAN DURAN ARRIVE À L’ACCOR ARENA : 139 BALLES LA FOSSE, FAUT PAS DÉCONNER !(et ça me désole)
Duran Duran en concert à l’Accor Arena de Paris : entre nostalgie des premiers albums, passion pour la basse de John Taylor et billets à 139 euros en Carré Or, Fosse Commune explique pourquoi elle renonce.
(Et ça fait mal aux miches parce que j’ai quand même un vrai dilemme.)
Bon. Duran Duran arrive à l’Accor Arena.
Et normalement, cette phrase devrait produire chez moi une réaction très simple. J’y vais. Quitte à rester deux heures à côté de Josiane qui fait des cœurs avec les doigts. Quitte à y laisser mon système nerveux face à quelques tubes qui me foutent en hyperglycémie. Et pourquoi ?
Parce que Duran Duran, ce n’est pas juste les costumes blancs, les yachts, les clips luxueux et Simon Le Bon qui court quelque part avec des cheveux parfaitement ventilés. Les top models. Les fans hystériques, MTV et tout le bordel. Avant ça, il y a eu un groupe sacrément nerveux.
Un groupe de Birmingham qui mélangeait new wave, funk, disco, synthés, guitares et surtout une basse énorme. Et Simon Le Bon toujours au ras du cringe malaisant. Une demi-seconde supplémentaire dans le geste, le regard ou l’intention et on basculait dans une zone administrativement difficile. Et ça faisait partie du truc.
Donc oui. Sur le papier, je devrais être en train de regarder la date (et le peu de places aujourd’hui disponibles) en calculant combien de temps il faut pour arriver devant la barrière.
Duran Duran à Paris : 139 euros pour la fosse Carré Or
Sauf qu’il y a un problème. 139 euros la fosse devant. Carré Or. Voilà. L’étude scientifique s’arrête ici.
Parce que je peux avoir énormément d’affection pour un groupe et garder simultanément l’usage de mes fonctions exécutives.
Mais à ce tarif-là, je veux entrer au capital du groupe. Je veux une ligne de basse à mon nom. Je veux qu’on me remette un certificat disant que j’ai personnellement contribué à l’entretien des synthés. Et je veux un reçu fiscal.
Parce que le vrai problème, c’est que j’aurais quand même eu envie d’y aller. Et pour exactement la même raison que Simple Minds vient de me foutre le doute.
Les premiers albums de Duran Duran : et si ces types avaient été moches ?
Les débuts. Toujours les débuts. Les deux premiers albums. Monstrueux. Pas de débat.
Perso, j’aurais préféré qu’ils soient moches, d’ailleurs. Ils auraient signé sur 4AD. Ils seraient canonisés.
S’ils avaient été moches, Rio aurait eu une pochette sépia légèrement granuleuse, avec une photo de hangar vide prise à Düsseldorf et simplement : DURAN DURAN – absence – en Helvetica corps 9.
Et là, terminé. Patrimoine.
Douze chroniques dans Télérama. Un hors-série des Inrocks : « Duran Duran : les architectes méconnus du désir post-industriel ». Trois universitaires auraient expliqué que la basse de John Taylor « interroge le corps occidental à l’orée du néolibéralisme ».
Mais ces cons-là étaient beaux. Ils ont mis des mannequins dans leurs clips. Simon Le Bon s’est retrouvé sur un yacht avec une chemise ouverte. Fin.
111 euros derrière, 139 euros devant : le dilemme est financièrement mort
Donc. Aujourd’hui, le dilemme existe. Mais financièrement, il est mort sur place.
Je pourrais me foutre au perchoir, vous me direz. Mais c’est mort. Les basses montent pas. On voit rien. Aucun intérêt. Dans la fosse derrière ? 111 balles quand même ! C’est pire. Ça m’aurait rendue ronchon.
En outre, je me suis fixé une règle.
Hors festival, je ne mets jamais plus de 80 euros dans une place de concert. Et encore, c’est exceptionnel. Faut que ce soit date unique. Show de malade. Avec financement participatif de ma famille pour Noël.
Le prix des concerts : je paie les musiciens, pas la couche de gras
Pas parce que je considère qu’un concert ne vaut pas davantage. C’est presque l’inverse.
J’avais entendu Robert Smith expliquer à la BBC ce que payait réellement un billet, ce qui revenait au groupe et combien de gens réussissaient à gagner beaucoup d’argent autour de ceux qui, eux, montaient réellement sur scène.
J’ai fixé ma limite là.
Le groupe, je le paye. Les techniciens, je les paye. La salle et tout ce qu’il faut pour faire tourner le bordel, je les paye. La couche de gras autour, non.
80 euros.
C’est arbitraire. Mais c’est ma règle.
Et une règle qui disparaît dès que John Taylor arrive avec une basse n’est plus une règle.
Duran Duran sur les timbres de la Royal Mail : le patrimoine a un prix
Ils sont littéralement arrivés au stade où un service postal national les transforme en patrimoine adhésif. J’ai vu cette info lunaire. Ils ont désormais leurs gueules sur des timbres de la Royal Mail.
Et moi, cinquante ans après la cave de Birmingham : 139 € pour être debout devant ?
À 139 balles la fosse, j’estime qu’ils pourraient au moins m’offrir le timbre.


