THE CURE À ROCK EN SEINE : SANS PORNOGRAPHY, MÊME AUX FRAISES, J’AI QUAND MÊME PLEURÉ DANS MA CAPUCHE
The Cure à Rock en Seine 2026 : deux heures et demie de concert, Robert Smith quelque part au loin, aucun morceau de Pornography et beaucoup trop de choses qui remontent d’un coup
On pourra discuter longtemps de Rock en Seine. Mais il faut quand même leur reconnaître un truc : leur programmation pendant toute la durée du festival était juste incroyable… et surtout ils ont ramené The Cure à Paris.
Et moi j’ai possiblement vu Robert Smith.
Rock en Seine est tellement grand, tellement plein, tellement compliqué à traverser et à habiter par moments que j’ai fini par adopter une stratégie de repli.
Un talus.
Mon sac sous la tête.
La capuche rabattue.
Et Robert Smith quelque part au loin.
Je savais qu’il était là.
Je savais même qu’il arpentait la scène avant de commencer à chanter, comme il le fait souvent, avec cet air perdu, un peu timide.
Mais concrètement, de là où j’étais, Robert Smith était surtout une information.
Une vibration.
Quand il ne reste plus que la musique
Et c’est là que le truc a dérapé.
Parce que quand vous n’avez plus grand-chose à regarder, plus besoin d’essayer d’apercevoir un musicien entre deux têtes, plus besoin de chercher un meilleur angle, plus besoin de négocier trois mètres de terrain avec 40 000 personnes… vous vous retrouvez tout seul avec la musique.
Et dans mon cas, ça revenait essentiellement à me retrouver allongée dans l’herbe avec un monsieur anglais, très talentueux, coiffé n’importe comment, qui me parlait directement dans l’oreille.
Très mauvaise idée.
Les vannes ont sauté.
Pourquoi j’ai pleuré, me direz-vous ?
J’en sais rien.
Enfin si.
Un peu.
The Cure a cette capacité, depuis les décennies que je les écoute, à ouvrir chez moi un endroit dont je ne connais toujours pas très bien l’emplacement.
Ce n’est même pas exactement de la tristesse.
Ce n’est pas de la nostalgie non plus.
Je n’étais pas en train de pleurer sur mes 16 ans, sur ma jeunesse perdue ou sur le temps qui passe.
J’ai 54 ans, ça va, merci, j’ai fait la paix avec le calendrier.
C’est autre chose.
Leur musique trouve une espèce de trappe quelque part, elle l’ouvre et tout ce qui était correctement rangé jusque-là décide de sortir en même temps.
Les souvenirs, les gens, les absents, les moments heureux, les trucs douloureux, celle que j’étais, celle que je suis devenue, tout ce bordel passe la porte sans respecter la file d’attente.
Et le pire, c’est que je connais le groupe.
Je sais parfaitement ce qu’il est capable de me faire.
Ça fait des décennies que ça dure.
Mais manifestement, je continue à venir sans équipement adapté.
Et seule sur ma butte j’étais particulièrement vulnérable.
Deux heures et demie et pas une miette de Pornography
Par ailleurs, The Cure a livré un set qui a réveillé pas mal de souvenirs.
Ils ont tous ratissé.
Ou presque.
Je ne vais pas vous faire le détail de la setlist.
D’abord parce que des fous furieux l’avaient déjà mise en ligne approximativement douze secondes après que Bob avait lâché le micro.
Ensuite parce qu’ils ont joué deux heures et demie et qu’on va y passer la nuit.
Je tiens néanmoins à déposer une réclamation officielle concernant l’absence totale de morceau de Pornography, ce qui constitue à mon sens un scandale et sera probablement porté devant les juridictions compétentes.
Pour le reste : deux heures et demie.
Deux heures et demie de The Cure.
Tout le monde était là
Et ce qui m’a peut-être le plus étonnée, les rares fois où j’ai sorti la tête de ma capuche et regardé autour de moi, c’est qui était là.
Tout le monde.
Des vieux post-punks parfaitement réglementaires.
Des gens tellement lookés qu’ils semblaient avoir attendu cette journée depuis 1987.
Des gens absolument lambda qui auraient pu être venus acheter une perceuse chez Leroy Merlin.
Des quinquas.
Des trentenaires.
Des gamins.
Des ados qui n’étaient même pas à l’état de projet quand Disintegration est sorti.
Et tout ce monde était là pour The Cure.
C’est quand même assez extraordinaire quand on y pense.
Parce qu’avant d’être ce monument musical capable de remplir un immense festival avec plusieurs générations devant lui, The Cure, c’était quand même un type bizarre de Crawley, qui faisait des chansons pas franchement conçues pour égayer les mariages.
Et le type bizarre est toujours là.
Sauf qu’entre-temps, ses chansons sont entrées dans la vie de millions de gens.
C’est peut-être ça qui m’a foutu le plus grand vertige.
The Cure n’est pas devenu respectable.
Le monde a fini par admettre que The Cure était important.
Certains diront qu’ils sont devenus mainstream.
Peut-être.
Mais si le mainstream, en 2026, c’est 40 000 personnes réunies devant un type de 67 ans coiffé comme s’il venait de perdre un combat contre une prise électrique, avec du rouge à lèvres posé à la truelle, pour chanter des morceaux sur la solitude, la mort, l’amour et des forêts qui tournent mal… franchement, le mainstream a fait de sacrés progrès.
🚨 Pour illustrer ce texte, j’ai choisi une photo de Chris Cham parce qu’elle correspond assez précisément, je crois, à ce qu’une grande partie d’entre nous a réellement vu hier soir : beaucoup de monde, une scène très loin et Robert Smith essentiellement disponible sur écran.
Mais merci énormément à tous ceux qui m’ont envoyé leurs images et m’ont autorisée à les utiliser.
Je poste un album juste après.


