LES OBJETS TROUVÉS, LE SPOT DES REGRETS ET DE LA LOGISTIQUE CONTRARIÉE
(Série d’observation hivernale en attendant les grandes migrations festivalières. Aujourd’hui, le stand des objets trouvés ou le moment où tu comprends que le retour à la maison va être compliqué)
En festival, tu rentres toujours avec tout, et tu sors parfois avec un truc en moins.
Dans le meilleur des cas, tu perds un sweatshirt, un gilet, une casquette, des lunettes solaires. Admettons.
Certains posent leur pantalon et leur tee-shirt. Ils rentrent au parking en slip. Admettons.
Et pour d’autres c’est la catastrophe : perte des clés de bagnole (enfer), de la carte bleue (atroce), de la carte vitale (vortex du désespoir administratif), de l’espoir, et parfois tout en même temps. Pour eux, leur fin de festival est compliquée. Très.
LA PERTE
T’es tranquille, devant ton concert, et d’un coup un doute t’étreint. Un truc a disparu, un truc important. Ou vaguement important. Tu l’as plus. Tu fouilles tes poches, ton sac, ta mémoire, ton âme. Tu regardes dans les gobelets, les mégots et la poussière. Rien. Tu demandes à la volée, plein d’espoir : quelqu’un aurait pas vu ? + le truc. NON. Perte des clés. Les gens paniquent avec toi. Perte de ta casquette Bob l’Éponge. Les gens s’en foutent. Normal.
LES OBJETS TROUVÉS
Plein d’espoir, tu pars au stand des objets trouvés. Toujours dans un endroit improbable, entre une barrière et un container. Avec des bénévoles qui doivent sans doute avoir reçu des formations en interne pour gérer la panique et les phrases décousues.
« Vous avez perdu quoi ? »
Et toi, tu dois décrire. Précisément. Un objet que tu n’as plus vu depuis trois concerts et deux bières. Et parfois ça donne : « Un sweat noir, (bravo champion), avec un truc dessus (clarté biblique), enfin… je crois (bref t’es dans la merde) »
LA QUÊTE
Ici, c’est la Foir’Fouille mais en pire.
Des lunettes. Des téléphones. Des clés. Des sacs banane. Des cartes d’identité. Le monde réel. Celui qui permet de rentrer chez soi.
Et puis des trucs inexplicables. Une chaussure seule (toujours seule). Un soutien-gorge. Un chapeau tyrolien. Un doudou. Une flûte à bec. Une trousse de toilette avec une tondeuse (si).
Ensuite, ça devient étrange. Une bouée licorne. Une gourde Reine des Neiges. Une canne anglaise. Un bracelet à clous Judas Priest. Une casquette « André Rieu 4 ever ».
Les bénévoles fouillent. Ton cœur s’emballe pour un bonnet qui n’est pas le tien. Tu projettes.
Pendant ce temps, quelqu’un, quelque part, marche pieds nus. Ou avec une vie qui n’est plus exactement la même.
LE VERDICT
« Non. » Un mot. Une fin. Parfois la condamnation à attendre que quelqu’un t’amène un double de tes clés de bagnole.
« Oui ». Soulagement et larmes à l’œil.
Tu retrouves ton sweat-shirt comme on retrouverait un proche disparu. Tu dis merci. Beaucoup trop. Tu expliques que c’est un vêtement qui a vu la première tournée de Sepultura. Tout le monde s’en fout mais t’es heureux.
LES OBJETS ABANDONNÉS
Et puis restent tous les objets que personne ne viendra chercher.
Ils resteront là. Jusqu’au lundi. Jusqu’au tri. Jusqu’à l’oubli. Ou pas.
Certains festivals ouvrent des conversations sur les réseaux sociaux intitulées : objets trouvés. Et là c’est la grande braderie de Lille.
Ça commence souvent par « au cas où » ? Phrase officielle du festivalier dans le déni. Celui qui sait que c’est mort… mais qui tente quand même.
Et ensuite ça dérape, on ne cherche plus un objet, on fait le bilan de sa vie. Ça donne :
- ma bonne humeur au concert de Liam Gallagher
- un bout de mon foie…
- ma dignité…
- trois ans d’espérance de vie
- ma virginité
- ma femme….
Ces objets te rappellent une chose simple : tu peux récupérer tes clés, ton téléphone, ta veste mais pas certaines décisions prises à 23h15.
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