LE FESTIVALIER T-REX OU COMMENT INVESTIR 59,99 € POUR NE RIEN VOIR DU CONCERT

illustration du specimen de festival T-rex

(Série d’observation hivernale en attendant les migrations festivalières. Aujourd’hui : la faune gonflable.)

Chaque été. Chaque festival. Une apparition.

Une masse orange. Un souffle plastique. Un cri jurassique.

Oui. Le T-Rex.

On ne sait pas pourquoi. On ne sait pas comment. Mais il est là. Comme une erreur d’évolution sponsorisée.

Morphologie

  • queue de 1m80, arme contondante involontaire
  • bras minuscules incapables de tenir une pinte sans assistance diplomatique
  • visière opaque offrant une visibilité équivalente à un concert vu depuis un aquarium embué
  • système de ventilation interne créant un microclimat amazonien personnel, version serre tropicale sous LSD

Le T-Rex ne voit rien. Mais il y croit.

Chronologie de la catastrophe

16h30

Arrivée triomphale. Selfies. Cris. 14 enfants fascinés. 3 adultes dubitatifs. 1 agent de sécurité déjà fatigué.

16h45

La queue commence à faucher des mollets innocents. Deux pintes au sol. Un barbu torse-poil renversé. Incident classé « dommages collatéraux préhistoriques ».

17h10

Température interne : centrale nucléaire. Le monde devient une soupe floue et humide. Il commence à comprendre que l’extinction n’était peut-être pas un accident.

17h40

Un ami tente le guidage vocal. « À gauche. NON. L’AUTRE GAUCHE. » Chaque pivot déclenche une onde sismique locale. Trois personnes perdent leur équilibre. Une amitié est mise à l’épreuve.

18h00

On ne distingue plus qu’une bosse orange dans la foule. Comme un cône de chantier possédé par un esprit Jurassic. Même les drones abandonnent. Trop risqué.

19h00

Dégonflage progressif sur pelouse. Respiration lourde. Regard de mammifère revenu de tout. Il redécouvre l’air. Il redécouvre la honte thermique.

20h00

Retour à la forme humaine. T-shirt trempé. Âme humide. Promesse solennelle de ne plus jamais recommencer. Mensonge annuel.

Statut dans l’écosystème

Totalement inutile. Absolument indispensable.

Il ne voit rien. Il gêne tout le monde. Il vit l’enfer climatique.

Et pourtant.

Sans lui, il manquerait ce grain d’absurde. Cette preuve que quelqu’un, quelque part, a pensé : « Oui. Je vais m’enfermer volontairement dans un dinosaure gonflable pendant six heures. »

Longue vie au T-Rex.

On ne le voit jamais vraiment.

Mais on sait qu’il transpire pour nous.

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